CONGO-MATSOUANISME 
Association amicaliste africaine pour la mémoire et l'oeuvre de André-Grenard Matsoua
Une initiative de l'AMICALE, Association de Secours Mutuels, de Prévoyance et de Bienfaisance
« Un peuple longtemps brimé, longtemps persécuté, longtemps martyrisé, et qui n'attend plus rien de personne, finit toujours par se révolter... »

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LE MATSOUANISME

1. INTRODUCTION
2. LE MATSOUANISME
3. ANDRE GRENARD MATSOUA
4. LE COLONIALISME
5. L'INDIGENAT
6. L'AMICALE
7. LES AMICALISTES
8. LE MOUVEMENT MIKALE
9. LES MATSOUANISTES
10. LE NGOUNZISME
11. LES NGOUNZISTES
12. LA DICTATURE
13. LA CORRUPTION
14. LES RESEAUX MAFIEUX
15. LE "SYSTEME ELF"
16. LES PEUPLES AFRICAINS
17. L'EX MOYEN-CONGO
18. CONCLUSION
19. BIBLIOGRAPHIE

 

1 - INTRODUCTION

Le Matsouanisme n'est pas que le mouvement Spirituel Ngounziste qui apparut en 1945 après la disparition d'André Grenard MATSOUA, ni l'Association AMICALE fondée en 1926 en France, le Matsouanisme c'est aussi le Mouvement MIKALE qui naquit le 31 décembre 1937 à Boukondzo-Boua-Lami au Congo. Le Mouvement MIKALE s'est engagé à lutter contre le colonialisme, l'indigénat, la dictature, la corruption, les réseaux mafieux et le "système Elf".

Le Matsouanisme n'est pas non plus un mouvement tribaliste, ethniciste ou régionaliste mais au contraire un mouvement de l'ex-Afrique Équatoriale Française voire mondialiste, de lutte de libération des peuples sous occupation et exploitation étrangères. Le confinement régional, tribal et réducteur de la Société AMICALE et du Mouvement MIKALE, ne sont ni plus ni moins que l'œuvre des colonialistes dont l'objectif est d'émousser la combativité des Matsouanistes. La lutte de MATSOUA est exclusivement politique.

La domination et l'exploitation sempiternelles, inhumaines, intolérables, les atrocités, les misères et les humiliations inacceptables subies, obligent les Africains à relever la tête, à lutter pour les droits et la dignité de l'homme, l'émancipation et la libération des peuples. Les peuples africains doivent résolument combattre le néocolonialisme, la dictature, la corruption, les réseaux mafieux et le "système Elf", en s'armant de la doctrine Matsouaniste pour la libération totale, l'indépendance réelle et le développement socio-économique de l'Afrique.

En somme, le Matsouanisme est la doctrine qui rassemble les messages humanitaires, humanistes et spirituels d'André Grenard MATSOUA. Ces messages de portée universelle, stimulent la lutte contre le néocolonialisme, la dictature, la corruption, les réseaux mafieux et le "système Elf" qui empêchent le développement de l'Afrique. Cette brochure qui n'est qu'une compilation de témoignages, est destinée à réhabiliter André Grenard MATSOUA et à actualiser sa doctrine. L'ex Moyen-Congo, le pays d'où est natif André Grenard MATSOUA, qui se trouve en situation de sous-développement préoccupante, fera l'objet de notre réflexion.

Nous remercions sincèrement les auteurs des récits poignants repris dans cette brochure, pour leurs éloquents et pathétiques témoignages (bibliographie et références en annexes), sur les méfaits du colonialisme, du néocolonialisme, de la dictature, de la corruption, des réseaux mafieux et du "système Elf". Par ce recueil qui est une succession d'écrits émouvants et pénibles, nous rendons hommage aux victimes de la cruauté et du mépris des blancs et aux Martyrs des droits et de la dignité de l'homme.

De même, nos remerciements vont particulièrement à la grand-mère VOUALA-DIA-NGANGA à Mpayaka, matsouaniste convaincue, qui nous a exhortés à adhérer à l'Amicale. Enfin, nous remercions également les écrivains engagés, WOUNGLY-MASSAGA, MONGO Beti et François-Xavier VERSCHAVE, dont les livres ont consolidé et cristallisé notre détermination à lutter pour la libération totale, l'indépendance réelle et le développement socio-économique de l'Afrique par le Matsouanisme.

2 - LE MATSOUANISME

Il est vain de penser à l'avenir sans se référer à l'expérience de nos prédécesseurs. L'Avenir est à construire avec l'engagement total de notre vie. Mais la sève, le ferment et la garantie de la réussite, sont dans les idées et les messages de nos précurseurs qui nous ont légué leur doctrine.

C'est pourquoi le Matsouanisme est considéré comme étant la doctrine des adeptes et disciples de MATSOUA qui sont les Amicalistes, les Matsouanistes et les Ngounzistes, dans leur lutte de libération de l'homme et des peuples. Le Matsouanisme exhorte les peuples asservis, humiliés et exploités à la prise de conscience pour les droits, la dignité de l'homme et à la résistance contre l'oppression, la tyrannie.

Dès lors les Amicalistes, Matsouanistes et Ngounzistes armés de la doctrine Matsouaniste, organisent et encadrent les peuples assujettis, pillés et spoliés, dans le combat pour l'affirmation de leur personnalité, émancipation, et indépendance. Les peuples meurtris, persécutés et appauvris, se servent de la doctrine Matsouaniste pour recouvrer leurs droits fondamentaux, notamment les droits économiques, sociaux, politiques, culturels et spirituels.

La doctrine Matsouaniste peut-être définie comme étant l'ensemble des idées d'un illustre personnage exceptionnel, grand humanitaire qui fonda l'Association AMICALE des originaires de l'AEF, éminent humaniste qui initia et fit rassembler le Mouvement MIKALE et émérite Pasteur qui inspira les valeurs spirituelles du mouvement Ngounziste. Il s'agit d'André Grenard MATSOUA, le panafricain, le non-violent, le Maître, le Guide, fervent défenseur de la cause sacrée des droits de l'homme et des peuples.

Le Matsouanisme s'exprime par trois idées fondamentales correspondant aux trois messages légués par André Grenard MATSOUA. A savoir : le message social humanitaire, le message politique humaniste et le message spirituel ngounziste. Pour l'humanitaire, l'Association AMICALE pratique les idées de Secours mutuels, de Prévoyance et de Bienfaisance. La dimension humaniste est exécutée par le Mouvement MIKALE avec comme idées maîtresses, les droits de l'homme, l'auto-gouvernement et la sauvegarde des richesses africaines. L'aspect spirituel est repris par le mouvement ngounziste avec comme valeurs sacrées, l'Altruisme, la Sagesse et l'Elévation Spirituelle. C'est ainsi que le Matsouanisme a permis aux Africains de vaincre le colonialisme, l'indigénat, de hâter l'indépendance formelle de leur pays, de soulager les peuples du joug des envahisseurs. Le colonialisme après s'être transformé en néocolonialisme, en dictature, s'est maintenant cristallisé dans la corruption, les réseaux mafieux et le "système Elf", les nouveaux fléaux sociaux que les Amicalistes, les Matsouanistes et les Ngounzistes combattent avec ardeur et détermination pour la libération totale, l'indépendance réelle et le développement socio-économique de l'Afrique.

Pour sa part, André Grenard MATSOUA, fondateur de la doctrine Matsouaniste, a consacré sa vie à la lutte contre le colonialisme et l'indigénat. Il voulait l'égalité de tous devant la loi, la suppression de l'indigénat et l'arrêt de l'oppression coloniale. Il a revendiqué très tôt la liberté et l'émancipation des peuples africains pour l'indépendance réelle et le développement de l'Afrique. Ainsi que le révèle sa biographie ci-après :

3 - ANDRE GRENARD MATSOUA

André Grenard MATSOUA naquit le 17 janvier 1899 à Mandzakala au Moyen-Congo. En 1925 il devient "tirailleur sénégalais" et fait la guerre du Rif au Maroc. La guerre coloniale injuste éveille sa conscience d'Africain et de Noir. Il s'engage dans le combat contre le colonialisme et l'indigénat. Cette prise de conscience sera la même chez Marien NGOUABI qui, "tirailleur sénégalais" contre les maquis révolutionnaires au Cameroun, se révolte pour prendre la tête de la lutte anti-impérialiste dans son pays.

En juillet 1926, MATSOUA fonde l'Association AMICALE des originaires de l'AEF, qui lui a valu, en 1929, une première arrestation arbitraire sous le fallacieux prétexte de " trafic d'argent. " Après condamnation, déportation et évasion, MATSOUA entre en clandestinité et depuis Paris initie et fait rassembler le Mouvement MIKALE le 31 décembre 1937 à Boukonzo-Bua-Lami au Moyen-Congo. A la Seconde guerre mondiale, MATSOUA décide de donner son sang et sa vie pour sauver la France en danger. Il sera récompensé par une seconde arrestation sur son lit d'hôpital malgré sa grave blessure lors de l'attaque allemande. Il raconte : « J'ai été le même jour conduit au ministère de l'Intérieur, j'y ai été l'objet d'un long interrogatoire au cours duquel il m'a été reproché d'avoir fait de la politique, d'avoir fait de l'agitation anti-française, d'avoir professé des opinions communistes, sinon même d'avoir appartenu à des organisations communistes qui exercent une activité anti-française et anti-coloniale. Il m'a été aussi reproché d'être considéré comme un sorcier et griot. J'ai vivement contesté ces accusations… » André Grenard est débarqué le 19 mai 1940 à Pointe-Noire et amené à Brazzaville par le CFCO avec un grand luxe de précautions. « Le monstre est donc enchaîné : pour faire à tous la preuve de son incarcération, il sera exhibé dans les lieux publics à Brazzaville, puis dans les différents postes administratifs du pays », dira le criminel BUTTAFOCCO. Après maintes tortures, humiliations et vexations, MATSOUA malgré sa nationalité française et son état de franc-maçon, sera jugé arbitrairement comme un quelconque indigène et enfermé dans la terrible et horrible prison coloniale de Mayama au Moyen-Congo où il subira son calvaire.

Le 8 février 1941, selon Côme MANKASSA, MATSOUA écrit à l'administration coloniale : « Je combats la domination. Je lutte pour l'égalité, pour notre émancipation en tant qu'individus et en tant que peuple. L'aspiration que nous représentons est partagée par l'ensemble de notre peuple. La répression que vous avez cru avoir développée contre l'AMICALE n'a pas réussi à décourager le peuple considéré. Bien au contraire ! Elle a provoqué un radicalisme de notre mouvement. Nos villages connaissent des saccages incessants. Et cependant, on ne note aucun signe de défection au sein de notre peuple. Certains de mes compagnons de lutte ont été exécutés sommairement, je veux parler de M'BIEMO, MILONGO, M'BEMBA et tant d'autres. Mais notre combativité, l'adhésion populaire à notre opposition, se sont accentuées. Tout cela devrait vous faire réfléchir. »

La personnalité exceptionnelle d'André Grenard MATSOUA a fait l'objet de plusieurs témoignages. Bernard KOLELAS raconte : « Sur la personnalité de MATSOUA, nous soulignons qu'il a profondément déteint sur l'âme de son peuple, par son équation personnelle tout d'abord, par ses idéaux et son action politique ensuite. Il fut un grand patriote, un homme plein d'abnégation et de dévouement pour le bien de son peuple et du monde des opprimés. Un humaniste qui aspirait à l'harmonie, à l'égalité et à l'entente entre les races et les peuples du monde, sans discrimination d'aucune sorte. Il fit des droits de l'homme son cheval de bataille. Un leader déterminé et farouchement engagé dans le combat pour la justice, la liberté, le respect et la dignité de l'homme africain, de l'homme tout court. L'homme irradiait l'amour fraternel, la force charismatique, la conviction et l'assurance qui forçaient le respect et l'admiration. Mais sa vie fut un tissu de privations, de souffrances et de sacrifices. Bref, un personnage historique hors du commun, très en avance sur son temps et sur son peuple, que l'épreuve du temps n'a jamais entamé. »

Le Congolais Alphonse BOUDO-NESA reconnaît : « En particulier il convient de rendre à MATSOUA la place qu'il mérite dans notre histoire. Qui dans notre pays ne croit pas qu'il fut le pionnier de la lutte anti-colonialiste, de la lutte de libération de l'Afrique à l'époque de l'impérialisme. On oublie souvent de situer la pensée et l'action de MATSOUA dans son contexte historique. Si les colonialistes français se sont acharnés contre lui avec autant de sévérité c'est qu'il représentait un danger réel. Il faut donc reconstituer la vie militante de MATSOUA et la proposer aux combattants d'aujourd'hui et de demain. Le sacrifice de sa vie pour la patrie est déjà si grandiose. » MATSOUA a combattu avec acharnement et détermination le colonialisme.

4 - LE COLONIALISME

S'il est évident que le colonialisme qui a mué en néocolonialisme, en dictature et en réseau mafieux, continue de violer les droits de l'homme, d'assujettir les peuples et de piller les richesses africaines, il est aussi évident que la libération et le développement de l'Afrique est inéluctable.

Le colonialisme, est le vil système d'occupation, de domination, de pillage, des envahisseurs blancs en Afrique où l'autochtone est réduit au rang de bétail. Les missionnaires chrétiens accompagnent les colons dans leur sale besogne. Ils enseignent que l'homme blanc est supérieur à l'homme noir. La colonisation prône l'idéologie des "Trois C", c'est-à-dire Civiliser par le Christianisme et le Commerce. Et s'agissant de cette prétendue Civilisation, René DUMONT reconnaît : « Cependant nul ne sait où en serait aujourd'hui cette civilisation agraire d'Afrique, si elle avait pu poursuivre un développement normal, en contact pacifique et ouvert avec les techniques européennes. Hélas, ce développement allait être brusquement stoppé, et nous n'avons pas fini d'expier les crimes de nos ancêtres blancs, qui se crurent tout permis, imbus qu'ils étaient de leur supériorité. » D'autre part, le commis aux affaires indigènes Léopold GAUD après avoir ordonné de faire cuire vivante, une indigène dans un four, ne trouvait pas mieux que de faire sauter à la dynamite, un indigène comme feu d'artifice lors de la célébration du 14 juillet 1903 à Fort-Crampel en Oubangui-Chari. Quant au Commerce, il était inexistant chez les indigènes fragilisés par les maladies, le travail forcé, la fourniture obligatoire de vivres aux occupants blancs, l'impôt de capitation, le portage et la répression atroce. Leurs minerais, ivoires, amandes, caoutchoucs, nzimbous, bois précieux, étaient échangés contre de la pacotille et l'alcool ou purement et simplement ravis.

Afin d'évacuer facilement le butin du pillage du bassin du Congo vers l'Europe, l'administration coloniale fait construire un chemin de fer de 502 km. Gilbert COMTE estime à plus de 18.000 indigènes décédés, soit 36 par km et environ 1 mort par traverse. Voici par exemple le drame de la construction du chemin de fer Congo-océan, raconté par Albert LONDRES : « J'ai vu construire des chemins de fer. On rencontrait du matériel sur les chantiers. Ici que du nègre ! Le nègre remplaçait la machine, le camion, la grue ; pourquoi pas l'explosif aussi ? Pour porter les barils de ciment de 103 kilos, les Batignolles n'avaient pour tout matériel qu'un bâton et la tête de deux nègres ! J'arrivai au sentier de fer. La glaise était une terre anthropométrique ; on n'y voyait que des empreintes de doigts de pied. Là, trois cents nègres des Batignolles frappaient des rochers à coups de marteau. C'était la grande hurle. Des capitas transmettaient des ordres idiots avec fureur, le tout scandé des ordinaires "Allez ! Saras, allez !" Les capitas et les miliciens tapaient sur les Saras à tour de bras. Et les Saras, comme par réflexe, tapaient alors sur les rochers ! Les Saras me regardaient avec des yeux de chiens souffrants comme si je leur apportais de l'huile pour adoucir les brûlures de leur dos ! Épuisés, maltraités par les capitas, loin de toute surveillance européenne, blessés, amaigris, désolés, les nègres mourraient en masse. C'était la grande fonte des nègres ! D'Ouesso sur la Sangha, cent soixante quatorze hommes furent mis en route. Quatre vingt arrivèrent à Brazzaville, soixante neuf sur le chantier. Trois mois après, il en restait trente six. » Il faut à nouveau recruter des hommes pour "la machine." Les hommes fuient les villages visités par les recruteurs. Des villages entiers sont anéantis.

André GIDE de compléter : « Le chemin de fer Brazzaville-océan est un effroyable consommateur de vies humaines. Voici Fort-Archambault (sud du Tchad) tenu d'envoyer de nouveau mille Saras. Cette circonscription, l'une des plus vastes et des mieux peuplées d'AEF, est particulièrement mise à contribution pour la main d'œuvre indigène. Les premiers contingents envoyés par elle ont eu beaucoup à souffrir, tant durant le trajet, à cause du mauvais aménagement des bateaux qui les transportaient (certains se noient dans le fleuve et nombreux sont ceux qui décèdent de pneumonie), que sur les chantiers mêmes, où les difficultés de logement et surtout de ravitaillement ne semblent pas avoir été préalablement étudiées de manière satisfaisante. La mortalité a dépassé les prévisions les plus pessimistes. A combien de décès nouveaux la colonie devra-t-elle son bien-être futur ? De toutes les obligations qui incombent à l'administrateur, celle du recrutement des "engagés volontaires" est assurément la plus pénible. »

S'agissant de la construction de ce chemin de fer, de multiples incidents éclatent dans tout le pays amicaliste. L'administration prend de sévères mesures pour tenter de réduire l'opposition amicaliste. Les travailleurs sont enlevés à leur famille et envoyés sur les chantiers du chemin de fer Congo-Océan. Là, ils doivent travailler durement et nombreux sont ceux qui ne peuvent résister aux fatigues et aux privations. Peu à peu, les villages se vident : leurs habitants préfèrent la vie en forêt au dur travail forcé. Quant aux Amicalistes considérés comme des indociles, l'administration coloniale s'efforce de les mater par tous les moyens. Le père JAFFRE rapporte leur complainte : « Que les blancs envahisseurs, sources de souffrances s'en aillent… Qu'on entrave leur commerce en ne leur achetant plus de marchandises… Qu'on ne leur fasse plus de plantations. Qu'on ne leur vende plus d'amandes de palme… Qu'on déserte leurs industries… Tous les insignes des blancs qu'on les rejette… Que chacun abandonne le pagne de deuil et prenne le pagne blanc de la joie. C'est avec le bâton que nous nous battrons ; leurs fusils à eux ne partiront pas… De l'espérance, les blancs vont s'en aller… C'est le dernier impôt que nous payons. » C'est pour cela que MATSOUA a lutté farouchement contre le colonialisme et l'indigénat.

5 - L'INDIGENAT

Pour mieux dominer, piller et asservir l'autochtone, le colon instaure l'indigénat. L'indigénat est le statut qui organise la vie publique et privée de l'indigène dans une dépendance totale. Pas de droit politique, pas de sécurité sociale, travail forcé et régime pénal arbitraire et autoritaire. L'indigénat est la condition de sous-homme, déshumanisante et servile imposée à l'autochtone noir par l'envahisseur blanc. Aucun droit n'est reconnu à l'indigène soumis aux mépris, aux exactions et humiliations de toute sorte. A l'indigénat, succédera l'indigence imposée par les dictateurs africains, valets des colons blancs, nouveaux "gouverneurs des colonies".

L'indigénat, établi en Afrique noire en 1840, est un système de sanctions administratives sans intervention judiciaire qui donne le droit aux gouverneurs et administrateurs d'infliger à leurs sujets des peines qui vont de l'amende à la prison. Le parlementaire Jules FERRY affirme que : « La Déclaration des droits de l'homme n'avait pas été écrite pour les noirs de l'Afrique équatoriale. » Les indigènes ne sont jugés au civil et au pénal que par des tribunaux indigènes. Cette situation humiliante et atroce, émeut l'auteur du roman intitulé BATOUALA, l'administrateur colonial noir René MARAN : « Je comprends. Oui, qu'importe à Sirius que dix, vingt ou même cent indigènes aient cherché, un jour d'innommable détresse, parmi le crottin des deux chevaux appartenant aux rapaces qui se prétendent leurs bienfaiteurs, les grains de maïs ou de mil non digérés dont ils devaient faire leur nourriture ! Montesquieu a raison, qui écrivait, en une page où, sous la plus froide ironie, vibre une indignation contenue : "Ils sont noirs des pieds jusqu'à la tête, et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre." Après tout, s'ils crèvent de faim par milliers, comme des mouches, c'est que l'on met en valeur leur pays. Ne disparaissent que ceux qui ne s'adaptent pas à la civilisation. Civilisation, civilisation, orgueil des Européens, et leur charnier d'innocents, RABINDRANATH Tagore, le poète hindou, un jour, à Tokyo, a dit ce que tu étais ! Tu bâtis ton royaume sur des cadavres. Quoi que tu veuilles, quoi que tu fasses, tu te meus dans le mensonge. A ta vue, les larmes de sourdre et la douleur de crier. Tu es la force qui prime le droit. Tu n'es pas un flambeau, mais un incendie. Tout ce à quoi tu touches, tu le consumes… »

René MARAN continue : « Cette région d'Afrique centrale était très riche en caoutchouc et très peuplée. Des plantations de toutes sortes couvraient son étendue. Elle regorgeait de poules et de cabris. Sept ans ont suffi pour la ruiner de fond en comble. Les villages se sont disséminés, les plantations ont disparu, poules et cabris ont été anéantis. Quant aux indigènes, débilités par des travaux incessants, excessifs et non-rétribués, on les a mis dans l'impossibilité de consacrer à leurs semailles même le temps nécessaire. Ils ont vu la maladie s'installer chez eux, la famine les envahir et leur nombre diminuer. Je vous dirai qu'en certaines régions, de malheureux nègres ont été obligés de vendre leurs femmes à un prix variant de vingt cinq à soixante quinze francs pièce pour payer leur impôt de capitation. »

Parmi les cruautés infligées à l'indigène, il y a la livraison obligatoire et gratuite des vivres au colon et à sa suite. BONTINCK raconte : « … lorsqu'un personnage blanc passe par un village, les pauvres villageois doivent lui donner à manger à leurs frais, même quand il est accompagné de beaucoup de serviteurs. De fait, ils lui procuraient de la nourriture ; mais ces serviteurs sont si insolents qu'ils n'attendent pas qu'on leur donne ce qu'ils demandent. Avec grande brutalité ils se répandent dans leurs champs ; les uns parcourent ici, d'autres là ; ils dérobent des racines, des grains, des poules, des porcs et tout ce qui leur tombe sous la main. Ces pauvres gens en ressentent une extrême peine et douleur, mais ils n'osent s'y opposer car ses larrons sont les esclaves d'un blanc. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est pleurer et pousser des cris au ciel. Cette coutume si mauvaise cause la destruction du village, car les gens voyant leurs biens volés de cette façon, s'abstiennent de semer abondamment et d'élever de nombreux animaux domestiques. Ils préfèrent souffrir de la pénurie que de travailler pour les autres. »

L'autre contrainte faite à l'indigène, est le paiement des 3 francs destinés à la SIP. Les Amicalistes acceptent de payer l'impôt de capitation mais refusent obstinément l'impôt de la SIP, c'est-à-dire les 3 francs de la Société Indigène de Prévoyance, appelée à remplacer l'AMICALE. Il s'ensuit une répression sévère. Beaucoup d'entre eux s'exilent au Congo-belge. La communauté amicaliste cristallise sa fidélité à l'AMICALE dans ce refus. La loi de l'indigénat punit de huit jours de détention, renouvelable, le refus d'obéissance des Amicalistes. C'est le travail forcé comme punition. Une route doit être construite pour relier Kinkala à l'embouchure de la Foulakari au Moyen-Congo. On affecte à ce chantier la main d'œuvre pénale amicaliste. Cette route garde le nom de route des trois francs. Les indigènes adoptent une attitude stoïque, et une résistance passive malgré la multiplication des incarcérations, des brimades et des vexations, telle que cette scène de portage racontée par un colon : « Nous rencontrons ces porteurs, isolés ou en file indienne, noirs, misérables, pour tout vêtement ceinturés d'un pagne horriblement crasseux, tête crépue et nue supportant la charge, caisse, ballot, pointe d'ivoire, panier bourré de caoutchouc, baril, la plupart chétifs, cédant sous le faix multiplié par la lassitude et l'insuffisance de la nourriture, faite d'une poignée de riz et d'infect poisson sec, pitoyables cariatides ambulantes […] organisés en un système de transport humain, réquisitionnés par l'Etat armé de sa force publique irrésistible, livrés par les chefs dont ils sont les esclaves et qui raflent leurs salaires ; […] crevant au long de la route ou, la route finie, allant crever de surmenage dans leur village. »

Jean Bedel BOKASSA d'ajouter : « Je suis devenu orphelin à six ans et cela par la faute de la France. Il serait bon que les Français l'apprennent enfin. Mon, père Mindogon Mgboundoulou, a été véritablement assassiné devant le bureau de la Préfecture de Lobaye, un jour de novembre 1927. Il était chef de terre, c'est-à-dire qu'il était responsable d'un important groupe de travailleurs devant l'administration coloniale. Il y avait des chefs de terre, des chefs de village et des chefs de canton, chargés de faire accomplir le travail par la main d'œuvre recrutée de force. Les écrivains français ont raconté notre vie d'esclaves, travaillant sous la menace des chicottes des grands coloniaux. Les femmes, les hommes et même les enfants étaient condamnés à faire rendre le caoutchouc, l'huile, l'amande de palme. Il y a eu, souvent, de grands excès, des atrocités et cela a révolté mon père qui a libéré des villageois entassés dans une prison. Les Français ont considéré ce geste comme un acte de rébellion et mon père a été condamné à la peine capitale et soumis à l'exécution publique. Mais ma mère est morte une semaine après l'exécution de mon père. Elle n'a pas pu supporter la douleur. Je peux donc dire que mes parents sont morts par la faute des Français. »

Les indigènes ne rêvent que de chasser les blancs, source de leurs malheurs et dans leurs complaintes, ils chantent : Nous sommes fatigués de vivre sous cette tyrannie. Nous ne pouvons plus supporter de voir nos femmes et nos enfants emmenés pour être abusés par les sauvages blancs. Nous ferons la guerre. Nous savons que nous mourrons, mais nous voulons mourir. Nous voulons mourir. Ces complaintes donnèrent la peur aux colons qui évitèrent de mettre les armes entre les mains des autochtones, prompts à se révolter. Ils recrutent leurs miliciens dans des contrées lointaines tout en suscitant, entretenant et aggravant les divisions et hostilités entre les Africains. Selon les colons : « Il y a des haines et des rivalités à exploiter et à utiliser à notre profit en opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les autres. »

Suite à la maltraitance que son fils a subie dans un magasin réservé aux blancs à Léopoldville, malgré les gardes blancs de sa suite, le bourreau Félix EBOUE prit conscience et déclare : « Faire ou refaire une société, sinon à notre image, du moins selon nos habitudes mentales, c'est aller à un échec certain. L'indigène a un comportement, des lois, une patrie qui ne sont pas les nôtres ? Nous ne ferons son bonheur ni selon les principes de la Révolution française, qui est notre Révolution, ni en lui appliquant le Code Napoléon, qui est notre code, ni en substituant nos fonctionnaires à ses chefs, car nos fonctionnaires pensent pour lui, mais non en lui. Nous assumerons au contraire son équilibre en le traitant à partir de lui-même, c'est-à-dire non pas comme un individu isolé et interchangeable, mais comme un personnage humain, chargé de traditions, membre d'une famille, d'un village, d'une tribu, capable de progrès dans son milieu, et très probablement perdu s'il en est extrait. Nous nous attacherons à développer le sentiment de sa dignité et de sa responsabilité, progrès moral ; et l'enrichir, progrès matériel : mais nous le ferons dans le cadre de ses institutions naturelles. En un mot, nous rendrons à l'indigène ce dont nul homme ne peut se passer sans dommage, sa dignité et sa liberté. » Le combat acharné et déterminé mené par MATSOUA contre le colonialisme et l'indigénat, est repris par les Matsouanistes contre la nouvelle forme du colonialisme qui est la dictature et les réseaux mafieux. Les Africains originaires de l'AEF se rassemblent autour d'André Grenard MATSOUA pour mener la lutte pour la libération totale, l'indépendance réelle et le développement socio-économique de l'Afrique, prônée par l'Association AMICALE.

6 - L'AMICALE

L'AMICALE, Société de Secours mutuels, de Prévoyance et de Bienfaisance, fondée par André Grenard MATSOUA le 17 juillet 1926 à Paris en France, est une association panafricaine des originaires de l'AEF. L'AMICALE concrétise les idées humanitaires et sociales de MATSOUA. Afin de développer son action sociale, l'AMICALE envoie BALOU Constant et NGANGA Pierre faire la quête des cotisations en Afrique. Les importantes sommes recueillies seront confisquées par l'administration coloniale et les deux membres de l'AMICALE, emprisonnés. Au sujet de ces cotisations de l'AMICALE saisies, le colon DURIEZ écrit : « Le 1er octobre 1935, le gouverneur général RESTE déclare biens vacants les sommes saisies en 1930. Ces sommes augmentées des intérêts versés et diminuées des frais de gestion s'élèvent à 97.300 francs en 1935. Les chefs amicalistes ont été, selon une note d'information destinée au nouveau gouverneur général titulaire, en date du 28 septembre 1939, jusqu'à offrir à la colonie dans un but de propagande les sommes saisies en 1930 en vertu du jugement du 2 avril 1930. Ces sommes se comptaient lors du premier versement à la caisse des dépôts et consignations à 95.390,37 frs déclarés biens vacants par décision du 1er octobre 1935 du gouverneur général et remise au curateur ; elles ont fait l'objet par la suite d'un jugement de renvoi en possession provisoire du domaine et se trouvent à la disposition des indigènes qui feront la preuve de leurs droits. »

L'AMICALE, Association panafricaine, est l'instrument de lutte de tous les peuples opprimés. Parmi les représentants légaux de l'AMICALE, on note pour la France : BALOU Constant, TCHICAYA Lucien, Mathieu REBOUKA, GOMEZ, EVONDZO et Charles LOEMBE ; pour les adhérents de Paris, François EVONDZOLO, Jean-Marie OKO-DIMI ; pour l'AEF : Louis de GANZAGUE, Joseph Benoît LOEMBA, Jean NZOTA - Tenard KYELLE, héritier du roi MAKOKO, TCHIBINDA l'imprimeur, Dominique CAZANGANY l'écrivain et Modi KAMARA le chauffeur du gouverneur général de l'AEF ; pour le Moyen-Congo, Joseph NZONZO, Maxime DECHAMBO, Jacques BERMONT, ZONZO et MATCHOUMOUN.

En 1933 le nouveau bureau de l'AMICALE comprend entre autres, Vice-Président : GODARD Landy, Trésorier : Albert COUTA et Secrétaire Adjoint : Alexandre BAYONNE ; pour la section de Libreville, Henri MAMPAKOU, moniteur d'école ; pour la section de Port-Gentil, MAYORDOM, commerçant ; pour la section de l'Oubangui-Chari, BEMBA-BIKEDI, charpentier ; pour la section de Léopoldville, Martin WAMBA, Pascal MAKEZA ; parmi les adhérents de Mayama, Basile KONONGO, ONDZE. Ces personnalités illustrent bel et bien le caractère non-régionaliste, non-tribal et non-ethnique de l'AMICALE qui se donne apparemment pour but une activité d'entraide, bien que son fondateur reconnaisse ensuite que son projet visait à remédier à "l'état d'infériorité de ses compatriotes vis-à-vis des blancs."

En 1929, l'administration coloniale évaluait à treize mille le nombre d'adhérents à l'AMICALE. L'Association AMICALE apporte le secours à ses membres sans travail ou de passage en France, participe aux frais des funérailles de ses militants et aide les enfants, les jeunes et toute personne noire se trouvant en situation difficile en France.

En 1928 en France, l'AMICALE a secouru les membres sans travail, suivants : les ex-caporaux Mangossi (Oubangui-Chari), Mokodi (Tchad), Bourra (Tchad); les ex-premières classes Boula (Oubangui-Chari), Guelmani (Tchad), Bakouta (Oubangui-Chari); les ex-soldats Abdal (Soudan), Massamba Jean (Moyen-Congo); et les civils Boutchassi Raphaël (Tchad), Yaguere (Tchad), Doumabila François (Oubangui-Chari), Loemba André (Moyen-Congo), Majosson (Gabon), Molle (Gabon), Yaguie (Tchad), Bakede (Oubangui-Chari), Moussavou Hilaire (Moyen-Congo), Kinzonzi Pierre (Moyen-Congo), Onanga Félix (Moyen-Congo), Soumbou Joseph (Moyen-Congo), Mihgyndou Gaspard (Tchad), Bayonne Alexandre (Gabon), Mavoungou (Moyen-Congo), Assane (Soudan), Taty (Moyen-Congo), Goudigba (Oubangui-Chari), Byedie Georges (Moyen-Congo), Kouyembana Antoine (Oubangui-Chari). La même année, l'AMICALE a participé aux frais des obsèques de Mabiala Eugène (Moyen-Congo), de Timonto (Tchad) et de Goma Pascal (Moyen-Congo). Cette liste démontre à suffisance, le caractère international de l'AMICALE.

En Afrique, l'AMICALE transforme son action humanitaire en combat de libération mené par le Mouvement MIKALE politiquement et par le mouvement Ngounziste, spirituellement. Les membres de l'Association AMICALE, très actifs avant la disparition d'André Grenard MATSOUA sont les Amicalistes.

7 - LES AMICALISTES

Les Amicalistes sont les militants et activistes de l'Association AMICALE avant la disparition d'André Grenard MATSOUA. La vie des Amicalistes est une succession de répressions sanglantes, de condamnations arbitraires, de déportations dans des conditions inhumaines, de travaux forcés et d'assassinats. Les Amicalistes, face à une administration coloniale, impitoyable, féroce, cruelle et criminelle, firent preuve d'une grande vigilance et d'une efficace clandestinité en adoptant la résistance passive et non-violente.

Révoltés des supplices que subissent les Amicalistes, six intellectuels originaires du Nord du Moyen-Congo, Jacques OPANGAULT, Jean-Charles KIBA, Emmanuel DADET, Moïse ECKOMBAND, Jacques MONEKOLO et Pamphile ADADA, adressent une pétition de protestation au gouverneur général EBOUE. Ils disent que les Amicalistes ne refusent pas de payer l'impôt de capitation. C'est donc un abus de pouvoir. Ils décident de s'associer à eux. Cet acte de loyauté et d'unité nationale leur vaut également la déportation. Parmi les déportés de 1930 on trouve Louis de GONZAGUE, Tenard KYELLE et Jacques MONEKOLO au Tchad ; Jacques OPANGAULT en Oubangui-Chari ; Jean-Charles KIBA au Gabon ; Moïse ECKOMBAND dans le Mayombe au Moyen-Congo, Pamphile ADADA dans la Sangha au Moyen-Congo et Emmanuel DADET dans la Likouala au Moyen-Congo. Ces déportations prouvent à suffisance le caractère interafricain de l'AMICALE et WOUNGLY MASSAGA de révéler : « La limitation de l'Amicalisme au Moyen-Congo fut principalement le résultat d'une tactique mûrement élaborée par le colonialisme français (tactique explicitement et implicitement avouée dans maints rapports administratifs) : il s'agissait de tout mettre en œuvre pour "circonscrire" le danger amicaliste aux tribus déjà touchées, de dresser sciemment les autres tribus contre les Amicalistes pour mieux préserver le reste de la population de la "contamination." On remarquera que cette recette colonialiste fut toujours utilisée (avec plus ou moins de succès, selon la vigilance du mouvement révolutionnaire) partout où il s'agissait, en Afrique noire, d'essayer d'étouffer l'éveil politique des populations ou de combattre une organisation progressiste dynamique. Elle est même encore couramment utilisée aujourd'hui par les régimes réactionnaires et dictatoriaux contre les organisations et les forces militantes d'opposition. »

De 1930 à 1938, l'attitude des Amicalistes face à l'administration coloniale se résumait par cette phrase du directeur colonial des affaires civiles : « Rebelles à notre influence tout en respectant notre autorité, les populations amicalistes sont toujours aussi repliées sur elles-mêmes, et tout en observant une attitude soumise, échappent encore à notre emprise politique. » Suite à cette attitude, WOUNGLY-MASSAGA rapporte que, la répression de 1933 fut particulièrement sanglante : « A cette répression qui s'exerça jusque dans les écoles catholiques contre les tous jeunes enfants des Amicalistes souvent impitoyablement renvoyés. Les Amicalistes opposèrent une fermeté et une discipline dignes des grands mouvements révolutionnaristes. Des tracts d'information et d'éducation furent sans cesse diffusés, des réunions secrètes par petits groupes, se tinrent partout. Les mots d'ordre de résistance étaient diffusés avec célérité par des agents de liaison sûrs. La délation et le mouchardage furent rapidement jugulés : les espions de l'administration et autres traîtres, dénommés "les flatteurs", étaient vite dénoncés et isolés. Conscients d'affronter un ennemi féroce qui n'hésitait pas à assassiner, les Amicalistes firent preuve d'un sens élevé de la vigilance et s'habituèrent aux méthodes du travail clandestin. La solidarité avec les résistants traqués par les forces colonialistes fut très active ; quel que fût le climat de terreur, le militant amicaliste était toujours assuré de trouver aide et protection parmi les populations engagées dans la résistance et qu'aucune peur des représailles ne pouvait intimider. »

En plus de la répression, des tortures et vexations, les Amicalistes étaient soumis aux travaux forcés comme le décrit, si pathétiquement Placide NZALABACKA : « Je voyais partir mon père pour la corvée, emmené corde au cou par un milicien, sur réquisition du commandant blanc. Il travaillait sans salaire sur les routes du district. Il revenait de la corvée amaigri pour avoir beaucoup travaillé. De plus le commandant ne leur versait aucun salaire et ne leur donnait rien à manger comme beaucoup de ses camarades, mon père travaillait toute la journée pendant deux semaines et devait se procurer par ses propres moyens de quoi manger et de quoi dormir. En plus de ce régime, les miliciens étaient tous très méchants, ne ménageant pas les coups de fouet qui laissaient des bosses sanglantes sur la tête et de larges plaies sur les autres parties du corps. Ces plaies mal soignées ou pas soignées du tout devenaient des plaques purulentes. Ils essayaient tous de résister passivement par une réaction de lenteur qui ne faisait qu'augmenter leurs journées de travail. »

Et Martial SINDA de compléter : « Sur les conseils du criminel Pierre BUTTAFOCCO et de Jean DUHAMEL, le gouverneur général BOISSON décide d'envoyer dans le pays amicaliste, des groupes d'intimidation composés de miliciens et de tirailleurs. Appliquant les consignes reçues, ces miliciens et tirailleurs saccagent et pillent le pays, des villages entiers sont incendiés. Des récits atroces circulent sur la conduite odieuse d'une soldatesque livrée à ses instincts les plus vils… Ici des femmes ont été violées et leurs corps inondés de sang, exposés sur la place publique… Là des soldats, en fait des bourreaux, ont obligé des familles entières à des actes sexuels contre nature : sous les coups et la torture, sœurs et frères, mères et fils, filles et pères ont dû s'accoupler… Là encore, des hommes, des femmes, des enfants même, ont été enduits d'eau salée et de piments et exposés au soleil… Ailleurs, les victimes ont été recouvertes de paille arrosée d'essence et transformées en torches vivantes. »

Que ces récits suffisent à donner une idée de la cruauté d'une répression qui restera marquée, dans la chair des Amicalistes, pour de longues années. Malheureusement, ces horreurs cruelles se reproduisent encore au Congo, de 1998 à 2004, même à ce jour sous d'autres formes, sous le règne de la dictature et des réseaux mafieux. Des villages sont brûlés, les arbres fruitiers coupés et les plantations détruites. Les populations se réfugient dans les forêts. La tactique est d'affamer et de réduire les populations à la misère pour les voir mourir. Les dictateurs africains reprennent les méthodes de leurs maîtres blancs.

Pour parachever l'œuvre criminelle du gouverneur blanc BOISSON, la mission d'assassiner les Amicalistes est confiée à un gouverneur noir dénommé Félix EBOUE, comme l'écrit si bien WOUNGLY-MASSAGA : « Félix EBOUE, nouveau gouverneur général, nègre et fils d'esclave, parut plutôt animé d'un curieux complexe : il se montra particulièrement impitoyable dans la répression et surtout dans l'organisation de "l'effort de guerre" ; il fit tout pour n'être pas soupçonné de la moindre sympathie ou de la moindre mollesse vis-à-vis des populations nègres. Félix EBOUE n'hésita pas à utiliser des méthodes qu'aucun gouverneur blanc n'avait jusque-là osé appliquer : il fit exécuter des chefs amicalistes sur la place publique, utilisa ouvertement la corruption et toutes sortes de manœuvres pour diviser et affaiblir l'Amicalisme. » Le gouverneur général EBOUE, décide d'appliquer impitoyablement, dans tout le pays amicaliste, le régime du travail forcé. Il espère ainsi faire oublier MATSOUA Grenard et l'AMICALE. Chaque village a une quantité déterminée de caoutchouc à fournir chaque semaine ; si cette quantité n'est pas atteinte, les hommes, les femmes et les enfants même, subissent les représailles des miliciens ; le chef de village est emprisonné durant quinze jours et frappé d'une amende de 100 francs.

Devant tant d'atrocités et de crimes, le gouverneur général de l'AEF RESTE analyse : « Le point capital c'est de voir tout un groupe de population refuser systématiquement depuis des années de recevoir la moindre faveur, sous quelque forme que ce soit de la part de l'administration coloniale. Toute une population intelligente d'ailleurs, travailleuse, aimant s'instruire, envoyant volontiers ses enfants à l'école, aussi bien aux écoles laïques, qu'aux écoles de la mission, s'est repliée sur elle-même dans une sorte de bouderie, de passivité, se traduisant non pas par des actes franchement hostiles, mais par un refus de venir à nous, dans un élan de cœur et d'esprit. A la suite des circonstances diverses… les Amicalistes se sont enfermés dans une attitude non pas franchement hostile, non pas narquoise non plus que je ne voudrais pas comparer à celle de Gandhi aux Indes anglaises, mais sans aucun élan vers nous, ni aucun témoignage de sympathie ou de bien vouloir ou d'attachement à notre égard. J'ai dit, qu'à mon avis, une politique de force ne donnerait aucun résultat » et le gouverneur général EBOUE constate : « L'Amicalisme, moment majeur dans le processus de formation de la conscience nationale des Africains, a relancé la revendication nationaliste qui se trouve ainsi, pour la première fois, insérée dan un contexte politique. D'inspiration profondément unitaire, aspirant à "dominer tous les particularismes", il s'était nourri, des souvenirs et des symboles évoquant l'ancienne unité africaine. A travers son action se profile l'esquisse de la nation future. »

Ces horreurs déclenchent chez les blancs, une vague de repentir. Et le colonialiste DURIEZ de reconnaître : « Ces hommes intègres et bons qui avaient préféré la bastonnade, les brûlures à la paille, les sévices de toutes sortes, les humiliations, la déportation et la potence à leurs richesses matérielles, leurs familles, leurs nombreuses épouses et toutes les faveurs dont l'administration coloniale les eût comblés, si seulement ils avaient accepté de collaborer, c'est-à-dire de trahir leur peuple pour les intérêts personnels. Dans les affres de la douleur, en proie aux flammes de la paille et de l'huile qui consumaient leurs corps, s'étaient mis à exhorter leurs compagnons à la fermeté, à la détermination. Malgré toutes les mesures draconiennes mises en branle par De BUTTAFOCO, la quasi-totalité des Amicalistes restent inflexibles. Rien n'entame leur abnégation, leur nationalisme. Dans cette détermination, s'exprime une grandeur d'âme. Tous leurs biens pillés, saccagés, pourvu qu'on leurs laisse leurs cinq doigts, ils reconstruiront de nouveau », déclarent-ils. La cruauté de la répression émeut, les missionnaires blancs de Kindamba au Moyen-Congo, qui déclarent : « La cristallisation d'un racisme exaspéré doit faire réfléchir au fardeau intolérable que nous imposons à ces hommes si différents de nous en adaptant pas suffisamment les institutions humaines à leur nature, or dans l'exercice du culte et la présentation de la doctrine, il y a beaucoup d'institutions humaines. Ces hommes qui rassemblent toutes leurs forces pour se libérer des chaînes qui pèsent, ils le font presque avec la passion du désespoir ; c'est la race qui ne veut pas mourir, c'est l'instinct de conservation. » Ces vagues de repentir des colons donnèrent plus de détermination aux membres du Mouvement MIKALE.

8 - LE MOUVEMENT MIKALE

MIKALE qui est l'africanisation du mot AMICALE, désigne le mouvement politique qui pris naissance la nuit du 31 décembre 1937 au 1er janvier 1938 à Boukonzo-Bua-Lami au Moyen-Congo sur l'initiative d'André Grenard MATSOUA, l'humaniste. Le Mouvement MIKALE, mouvement internationaliste pour la libération et l'émancipation de l'homme noir en général et de l'"AEFIEN" en particulier, est un mouvement de résistance passive et non-violente pour les droits de l'homme, l'auto-gouvernement, la sauvegarde des richesses africaines.

La veille de la naissance du Mouvement MIKALE, l'administration coloniale est dans une panique totale comme le rapporte le colon J. DURIEZ : « Autre nouvelle sensation écrit encore le chef de subdivision de Mayama, la toujours prochaine nomination d'André MATSOUA comme gouverneur général, à moins que ce ne soit la prise du gouvernement général de vive force par André MATSOUA à la tête des colonies amicalistes qui auraient d'abord pour le 14 juillet dernier, puis pour le 1er janvier 1938… Le 27 décembre 1937, le chef de département du Pool signale : "D'après les dernières nouvelles, provenant de notre service de renseignement, et dont j'ai eu confirmation au cours de sa récente tournée, une manifestation amicaliste éclaterait à l'occasion du 1er janvier. Déjà en juillet 1936, et en juillet 1937, les Amicalistes avaient promis de descendre dans la rue et de s'emparer du pouvoir. Il ne s'est rien produit alors, il ne se passera rien le 1er janvier prochain, du moins est-ce ma conviction intime. Toutefois, mes dispositions sont prisent et je réponds de l'ordre." Les dispositions sont sérieuses : miliciens et gardes indigènes de la portion centrale consignés au camp le 24, 25 et 30, 31 décembre 1937, et le 1er janvier 1938, interdiction aux gradés européens de s'absenter sans laisser leurs adresses aux sous-officiers européens du jour. Constitution de trois sections de cinquante hommes, prêtes à se rassembler de jour et de nuit en tenue de campagne sans munitions. Le gouverneur secrétaire général demande au commandant de l'air de "faire exécuter par un de ces appareils le 30 et 31 décembre et le 1er janvier entre 9 et 10 heures du matin des reconnaissances sur : Boko, Kinkala, Mindouli et Mayama" avec pour mission de s'assurer qu'une de ces localités n'a mis à terre le signal convenu en cas de trouble et de surveiller les grandes artères avec ordre de signaler tout rassemblement important qui pourrait s'y trouver, un compte-rendu, même négatif étant à fournir dès retour à Brazzaville. En même temps, le général commandant supérieur fait augmenter les effectifs de la compagnie de piquet. »

C'est ainsi que le 1er janvier 1938, les Amicalistes réunis sur initiative d'André Grenard MATSOUA dans la nuit du 31 décembre 1937 au 1er janvier 1938 dans la forêt de Boukonzo-Boua-Lami, décident de soumettre leurs revendications au pouvoir colonial à Brazzaville, à savoir :

  • - droit de l'homme ;
  • - sauvegarde de leurs richesses ;
  • - accès à tous les emplois et se commander soi-même ;
  • - délimitation d'une zone de terrain où les Amicalistes seront libres et indépendants chez eux.

Et le colon J. DURIEZ rapporte : « Rendant compte au gouverneur génral de l'échec de la tentative de manifestations du 1er janvier 1938 grâce aux mesures prises par ses soins. Le gouverneur secrétaire général, insiste sur le côté politique du mouvement et n'hésite pas à écrire : pour ma part, je serai tenté de penser que c'est un premier souci de nationalisme aux buts mal définis : accession à la citoyenneté française et même AEF gouvernement, semble-t-il, et, chose grave les jeunes sont à la tête du mouvement. »

Suite à ces revendications, Côme KINATA rapporte : « Les abus du système colonial, l'exploitation à outrance des ressources naturelles et des populations autochtones, les méthodes brutales des colons, des administrateurs et de leurs auxiliaires, atteignirent leur paroxysme surtout avec les crises de tous genres qui suscitèrent les protestations les plus violentes de la part des populations dominées. Lassés de supporter ces exactions, les chefs matsouanistes manifestèrent leur mécontentement. A cette réaction, le pouvoir colonial opposa une répression féroce. Plusieurs chefs matsouanistes furent arrêtés et déportés dans d'autres territoires comme le Tchad. »

A cette occasion, toujours selon Côme MANKASSA, MATSOUA a précisé : « Notre mouvement récuse l'ordre colonial. Il récuse le blanc en tant que suprématie, structure de domination et d'exploitation, dessein de minorisation du noir. Mais le blanc en tant que race a notre sympathie. Il a ses qualités et ses défauts comme le noir a ses qualités et ses vices. Nous condamnons le blanc en tant qu'institution d'assujettissement du noir ; en tant qu'il se prétend régulateur des destinées des peuples d'Afrique ou d'Asie. Il n'y a aucune espèce de confusion dans notre esprit. Nous estimons que le noir, où qu'il soit : en Amérique, en Angola, en Rhodésie, en Europe, doit jouir de la même considération que le blanc. Les religions que vous avez importées chez nous parlent de l'égalité des races. Nous ne demandons au blanc que d'être conforme à ses propres croyances. Car cette discrimination essentielle que vous tenez de faire entre le noir et le blanc ne paraît pas devoir se justifier dans votre pensée religieuse. La liberté que nous revendiquons n'est pas conçue à des fins raciales ou racistes. Le blanc a sa place à nos côtés comme nous pensons avoir notre place à ses côtés. La localisation géographique n'interdit pas la fraternité universelle. L'indépendance nationale, est-ce autre chose qu'une localisation territoriale ? Cela n'est pas contraire à la coopération. Je ne suis pas le leader d'une tribu, d'une région. Je suis la voix de l'Afrique après tant d'autres répandues aujourd'hui dans l'anonymat des cimetières ! Je suis la voix de l'Afrique sollicitant les forces saines de l'Europe. »

Et Marien NGOUABI de reconnaître : « Sans pouvoir rappeler ici toutes les pages de gloire de notre histoire, il faut cependant citer le mouvement matsouaniste qui cristallisa un moment le sentiment patriotique face au colonialisme français, dans le cas notamment du mouvement des "Trois Francs." D'ailleurs, cette histoire du Matsouanisme, qu'il faudra bien que nos historiens écrivent un jour objectivement, nous montre que s'il y a tribalisme, ce n'est pas au niveau du peuple, mais bel et bien au niveau des valets du colonialisme. Les Matsouanistes, qui ont été déportés partout, par une décision autoritaire et arbitraire, ont été bien accueillis par les populations des régions où ils arrivaient. »
Bernard KOLELAS ajoute : « Profondément humaniste, le mouvement matsouaniste incarnait un nationalisme ouvert sur l'univers, sur la fraternité mondiale, respectueux des autres peuples, des autres nations et de tout homme. Il prêchait des idées d'égalité raciale, de justice pour tous, de liberté et de dignité non pas seulement pour l'homme noir, mais pour tout homme. »

Et Marien NGOUABI conclut : « Le bref rappel de notre histoire nous permet de conclure que le sentiment d'indépendance est profondément ancré dans le cœur de chaque Africain et que l'unité nationale est une nécessité et une arme puissante dans la lutte de libération nationale. Par ailleurs, l'analyse de la situation économique, sociale, culturelle et politique, révèle que notre pays est encore grandement dominé par l'impérialisme international, français en particulier, et ses valets locaux. Il est donc nécessaire de développer la lutte de libération nationale. Il n'y aura pas d'Afrique indépendante tant que ses vaillants fils se font massacrer, assassiner et torturer, ce parce qu'ils combattent pour la Liberté, parce qu'ils veulent demeurer des hommes, parce qu'ils veulent être des humains comme les autres. Il n'y aura pas de paix dans le monde, ni de liberté, ni d'égalité, tant que, en Afrique, l'impérialisme humanitariste démasqué créé des foyers de désolation ; il n'y aura pas de paix si une partie du monde ne peut survivre que de l'exploitation d'autres Etats. » Cette conclusion de Marien NGOUABI exhorte le Mouvement MIKALE a plus de détermination et d'ardeur dans le combat de libération des peuples africains. Ce message qui est d'actualité, réconforte et encourage les Matsouanistes dans leur lutte contre le néocolonialisme, la dictature, la corruption, les réseaux mafieux et le "système Elf". Mais qui sont-ils donc ces Matsouanistes ?

9 - LES MATSOUANISTES

Les Matsouanistes sont les adeptes de la doctrine matsouaniste qui mènent le combat politique d'André Grenard suite au repli en soi des Amicalistes après la disparition de MATSOUA. La lutte et le sacrifice de MATSOUA a été essentiellement et exclusivement politique. Les Matsouanistes ont repris le combat contre les violations des droits de l'homme, le pillage éhonté des richesses africaines et le refus aux noirs de s'auto-gouverner.

La détermination des Matsouanistes à cet égard, fait réfléchir le criminel De BUTTAFOCO qui déclare : « Le Matsouaniste n'est pas dépourvu d'intelligence et les dispositions qu'il a de croire qu'il est appelé à jouer un rôle dans l'évolution de l'Esprit indigène, qu'il a une mission à remplir vis-à-vis de ses congénères, auraient pu constituer un facteur puissant dans son élévation, si au lieu d'être exploité par des meneurs sans scrupule, elles avaient pu être rationnellement conduites et dirigées par l'administration coloniale. Malheureusement au lieu de se confier à leur tutrice, pourtant si bienveillante à leur égard. Les indigènes préférèrent écouter la voix trompeuse de certains "évolués" qui, au moyen d'une propagande active, réussirent à les persuader que la révolte contre l'autorité, l'opposition concertée à ses méthodes, le refus de tout ce qui vient du gouvernement et surtout le versement de cotisations, constituaient les seuls moyens efficaces à employer en vue de l'ascension de leur race » et d'ironiser : « Vous les Matsouanistes, vous exagérez, au lieu de limiter vos revendications d'autonomie au seul territoire du Moyen-Congo, vous avez voulu les étendre sur toute l'AEF, ne nous laissant aucun lopin de terre dans cette région. Voilà votre bêtise, voilà ce qui rend difficile votre tâche. »

Les Matsouanistes, dans leurs rapports avec l'homme blanc, se sont placés très tôt sur le terrain de la coopération égalitaire, du moins formellement. Ils gardent en conséquence, face aux maîtres colonialistes, néocolonialistes et aux dictateurs, une nette conscience de leurs droits et une grande jalousie de leur liberté. Monseigneur GUICHARD écrit : « Nos populations, travaillées par des idées d'indépendance et de libération, ont vu naître le sentiment de leur personnalité nationale et de l'oppression étrangère. Quant au rêve d'indépendance, les Matsouanistes se souviennent qu'ils n'ont jamais été conquis ni vaincus par les colons. » Et le 8 février 1944 De GAULLE donne raison aux Matsouanistes en déclarant : « Nous sommes sûrs qu'il n'y aura aucun progrès si les hommes qui vivent sur leur terre natale ne devaient pas en profiter matériellement et moralement, si ce développement ne devait les tenir associés, chez eux, à la gestion de leurs propres affaires… » Ce n'est encore là qu'un double langage propre aux gaullistes qui phagocytent les indépendances formelles de 1960. Malgré cette déclaration, le 18 mars 1945, l'administration coloniale, reprend les brutalités et les vexations contre les Matsouanistes en jouant sur les rivalités ethniques. Les colons blancs découvrent l'arme du tribalisme pour diviser les Africains et les dictateurs africains l'utiliseront par la suite. Les miliciens parcourent les villages, exigeant des Matsouanistes le paiement des impôts et des cotisations à la Société Indigène de Prévoyance. Dans les écoles publiques ou confessionnelles, les enfants des Matsouanistes sont exposés aux brimades et maltraitance de toutes sortes. L'administration, jouant sur de vieilles rivalités ethniques, dresse contre les Matsouanistes leurs frères africains ; ceux-ci, avec la complicité tacite des autorités, commettent d'atroces sévices en pays matsouaniste, pillent les villages, violent les femmes, etc.

Devant l'adversité, les Matsouanistes restent inébranlables et MASSAMBA-DEBAT révèle que pour la réussite de leur combat : « Les Matsouanistes veulent voir en leur chef un Guide, celui qui ne reçoit pas de mots d'ordre des blancs. Il faut qu'il soit assuré que ce chef ne le trahira pas, ne renforcera pas la position de l'exploiteur et qu'il lutte de toutes ses forces, malgré ses faibles moyens (qu'il est prêt de comprendre), à faire triompher ses aspirations et surtout à faire respecter l'indépendance de son pays et la dignité de son peuple. Indépendance du pays, liberté et dignité du peuple, voilà les choses sacrées pour lesquelles tant de Matsouanistes ont péri ou ont accepté les pires privations, enduré les plus inimaginables horreurs et tortures. C'est la foi qu'ils ont incrustée dans leur cœur, la conviction qu'ils ont fait enraciner dans leur conscience, et la flamme de l'amour de leur pays qu'ils ont allumé en eux que ces hommes ont préféré souffrir que trahir, mourir qu'abdiquer. Devant leurs bourreaux blancs ou noirs ils sont restés stoïques, insensibles aux menaces et aux outrages parce que la longue lutte contre la domination étrangère, contre les horreurs et les injustices de l'indigénat, contre l'exploitation de l'homme noir par l'homme blanc, les a rendus plus sensibles au devoir qu'au droit, plus attentifs au sacrifice qu'à la faveur. Les Matsouanistes ne seront jamais d'accord avec les traîtres et les Africains indignes qui n'ont pas su défendre la cause sacrée pour laquelle tant d'hommes ont souffert, pour laquelle MATSOUA est "parti" : l'indépendance et la liberté, la reconquête réelle du pays de l'emprise des descendants des blancs et des Africains indignes. »

Et Bernard KOLELAS d'ajouter : « Qui verra l'avènement tant attendu de l'ère matsouaniste, cette ère de liberté, de justice pour tous, d'amour fraternel, de bonheur, bref, des valeurs supérieures pour lesquelles ils se sont sacrifiés. Quel grand intellectuel pourrait bien s'intéresser à l'AMICALE matsouaniste, une organisation où il n'y a pas d'avantages financiers ? Le mouvement matsouaniste a soutenu la lutte de libération nationale sans jamais fléchir, sans jamais trahir ses principes d'intégrité, d'incorruptibilité et de fidélité à la personne de MATSOUA, à son idéal social, politique et moral. Bien plus, malgré les persécutions dont ils étaient l'objet, les Matsouanistes sont restés fidèles à leurs idéaux de paix, de liberté, de fraternité et d'amour à l'endroit des peuples du monde. Ils ont continué la résistance, le combat anticolonial sans changer un seul iota à leur profession de foi matsouaniste, à ses revendications politiques. »

Le 2 janvier 1956 lors des élections législatives, le bruit court à Brazzaville que les Matsouanistes avaient encore voté pour les "os", c'est-à-dire MATSOUA. Profitant de cette occasion, les militants d'un parti politique attaquent, brutalisent, frappent les Matsouanistes. Devant leurs cases brûlées et saccagées, devant leurs biens volés et pillés, devant leurs femmes violées et battues, la riposte des Matsouanistes ne se fit pas attendre. De violentes échauffourées eurent lieu entre les deux groupes antagonistes et l'on dénombra plusieurs morts et blessés. Le gouvernement néocolonial, évoque l'ordre troublé, intervient en arrêtant les Matsouanistes et leurs principaux leaders. Alors le gouvernement néocolonial pratiqua le ratissage des Matsouanistes tant en brousse que dans les villes. De leur propre gré, les Matsouanistes de brousse vinrent en délégation à Brazzaville pour se faire arrêter, subir le sacrifice du martyre comme leurs compagnons. Le gouvernement néocolonial les arrêta en masse et les déporta, comme à l'époque coloniale, dans le nord du Congo.

Le 13 avril 1959 et le 1er mai 1959, les autorités congolaises tentent de résoudre la résistance passive des Matsouanistes, par des arrêtés d'assignation à résidence. La population désapprouve ces arrêtés. La date du 4 juin 1959 fut retenue pour les nouvelles élections législatives. Le lendemain de ces élections législatives comme en 1956, le même parti politique réagit en envoyant ses commandos contre les Matsouanistes qui ont encore voté les "os". L'action de ses commandos fut d'une rare sauvagerie : razzias, viols, pillages, incendies, meurtres furent ouvertement encouragés par le régime néocolonial au pouvoir. Mais avec un courage et une détermination héroïques, les Matsouanistes firent front au tyran et à ses nervis : les Matsouanistes de brousse déferlaient de nouveau vers Brazzaville en demandant de subir eux aussi le martyre. Il fallut intensifier la répression, multiplier les meurtres, déporter les Matsouanistes en masse dans différents coins éloignés de leurs lieux d'origine pour réduire le mouvement de résistance. Le 19 juin 1959, les leaders matsouanistes et nombreux de leurs fidèles sont internés dans l'usine désaffectée de M'pila à Brazzaville au Congo.

Le 28 juillet 1959, le gouvernement néocolonial décide de déporter de nouveau les Matsouanistes de M'pila au nord du pays. Du remue-ménage qui en résulte, 39 Matsouanistes dont une femme et un enfant, trouvent la mort. Beaucoup de Matsouanistes ont souffert dans leur chair, à cause de leur idéal. Ils sont demeurés parfois des années vivant dans des conditions de déportation très pénibles, certains sont morts. Tout homme qui pousse si loin ses convictions en sacrifiant tout, est un héros. Le combat de MATSOUA, nous le répétons, était mené pour refuser toute forme d'oppression, de dictature ou d'assujettissement.

Le lundi 21 décembre 1998, les mêmes horreurs reprennent sur l'ordre d'un nouveau dictateur, de nombreux Matsouanistes furent assassinés à Mpissa à Brazzaville, parmi lesquels les chefs matsouanistes : MAYINGUIDI, NKELA et NKOUNKOU François. Les 34 Matsouanistes assassinés étaient en pleine séance de méditation. Les femmes, les enfants et les vieillards compris furent tués. Ont été pillés et brûlés les maisons ainsi que les corps des victimes. Les femmes ont été violées. La plupart de ces actions criminelles ont été dirigées contre les Matsouanistes innocents et non-violents. D'autres nombreux Matsouanistes malades et impotents, seront massacrés au Mbongui du vénérable KOUBEMA à Makélékélé.

La justification de tant de crimes et barbaries a été expliquée par Rosa Amelia PLUMELLE-URIBE, dans son livre La Férocité Blanche : « Pour que le pouvoir des bourreaux fût exercé sans la moindre entrave, il fallait que les victimes fussent dépouillées de tout droit et dans l'impossibilité de se défendre. L'un ne pouvait pas aller sans l'autre. Or, ce droit des bourreaux fondé sur la violence ne pouvait s'exercer que par la terreur, dont l'emploi seul pouvait perpétuer le pouvoir et garantir un certain équilibre dans l'ordre ainsi établi. Il fallait que la terreur paralyse chez les victimes la moindre velléité de résistance. » Victor SCHOELCHER l'a bien résumé en soulignant que « le droit fondé sur la violence est fatalement condamné à la violence pour se maintenir. La logique veut qu'une société, quelle qu'elle soit, trouve les moyens de se conserver ; quand la société est contraire à la nature, elle ne peut se garder que par des lois contraires à l'humanité. Plus l'obéissance que l'on exige est difficile, plus la peine contre la désobéissance est impitoyable. »

Aussi, il fallait non seulement animaliser les Matsouanistes mais surtout les accabler de tous les vices afin de les rendre méprisables pour que chacun puisse les brutaliser aisément, en toute légalité, sans heurter la bonne conscience. Cette cruauté cristallise la résistance matsouaniste qu'exalte leur hymne traduit par Martial SINDA : « Malgré la répression, malgré la défaite d'aujourd'hui, il faut lutter encore… Demain, peut-être, tout sera remis en cause car le jugement des méchants sera prononcé. » L'utilisation du thème du jugement dernier est significatif : les Matsouanistes attendent moins d'eux-mêmes que de Dieu, la fin de leurs misères. Leur cause est juste et N'zambi-A-Mpungu ne peut les abandonner…

« Frères, ah ! Tout est perdu,
Nous recommencerons à zéro,
Même si tout est perdu.
Nous recommencerons à zéro,

Cet hymne des résistants matsouanistes exprime suffisamment le désespoir mais aussi le courage de ces hommes que nulle espérance n'habitait plus, et qui, malgré les défaites successives, étaient prêts à s'engager de nouveau dans une lutte pour la vie et pour la paix.

Ceux qui nous ont trahis
N'ont plus la conscience sereine ;
Ceux qui nous ont trahis
Ne pensent pas à l'avenir du pays.
Un jour, ceux qui nous ont trahis
Seront confondus à de la pourriture.
Ils ne marcheront pas comme nous
Car leurs pas ne résonneront plus
Ils auront peur
Et la trahison pèsera dans leur corps
Comme le poids du pays.
Frères, ah ! Frères, ah !
Ceux qui nous ont trahis
N'ont plus la conscience sereine. »

Suite à la brutalité et à la férocité des bourreaux, les Amicalistes se replient dans l'exaltation spirituelle sitôt la disparition de leur leader MATSOUA André Grenard. Ils rejoignent le combat politico-religieux de Simon KIBAMGOU d'où l'apparition du Ngounzisme.

10 - LE NGOUNZISME

Le troisième message légué par André Grenard MATSOUA est, faut-il le rappeler, un message spirituel qu'on retrouve dans le Ngounzisme qui exalte les valeurs sacrées d'Altruisme, de Sagesse et d'Elévation Spirituelle, et qui rejoint la prophétie politico-religieuse de Simon KIMBANGOU.

Le Ngounzisme, une énergie politico-religieuse qui va mobiliser tout un peuple, toute la région de l'Afrique centrale, une flamme qui va cristalliser les aspirations d'un peuple asservi, qui va porter très haut le flambeau de la liberté et de la justice, de l'égalité raciale et de la dignité humaine. Le Ngounzisme donne les grandes lignes de son programme politique comme suit :

  • - la libération et l'accession à l'auto-gouvernement de l'Afrique ;
  • - l'égalité des blancs et des noirs ;
  • - la revalorisation des droits à la dignité des Africains.

A la différence du Mouvement MIKALE qui est exclusivement un mouvement politique, le Ngounzisme est par contre, un mouvement politico-religieux à l'instar du Kimbanguisme. Le Ngounzisme lutte pour la libération de l'homme noir et pour l'auto-détermination des peuples africains, sous le joug de l'envahisseur blanc. Soumis à une répression féroce et impitoyable et suite à la disparition de leur leader André Grenard MATSOUA, les Amicalistes font un repli en soi et adopte la forme politico-religieuse pour mener la lutte de libération des peuples sous occupation étrangère. Ce message spirituel à caractère prophétique de la prise de conscience de la situation coloniale, a fait que MATSOUA a incarné la lutte de libération de tous les peuples africains sur tous les plans.

Le Ngounzisme répudie les églises missionnaires complices de l'administration coloniale, proclame l'égalité absolue des hommes de toutes les races, condamne l'aliénation culturelle, le pillage de l'Afrique et la domination de l'homme noir par l'homme blanc. L'administration coloniale falsifie l'évangile à son avantage comme le témoignent les consignes de Monsieur REQUIN, ministre belge des Colonies qui écrit aux missionnaires : « Désintéresser nos "sauvages" des richesses matérielles dont regorgent leurs sol et sous-sol, pour éviter que s'intéressant, ils ne nous fassent une concurrence meurtrière et rêvent un jour à nous déloger. Votre connaissance de l'évangile vous permettra de trouver facilement des textes qui recommandent et font aimer la pauvreté. Exemple : Heureux sont les pauvres, car le royaume des cieux est à eux. Il est plus difficile à un riche d'entrer au ciel qu'à un chameau d'entrer par le trou d'une aiguille. Vous ferez donc tout pour que ces "nègres" aient peur de s'enrichir pour mériter le ciel. Les contenir pour éviter qu'ils ne se révoltent. Les administratifs ainsi que les industriels se verront obligés de temps en temps, pour se faire craindre, de recourir à la violence (injurier, battre…) car il faudrait pas que les nègres ripostent ou nourrissent le serment de vengeance. Pour cela, vous leur enseignez de tout supporter. Vous commenterez et les inviterez à suivre l'exemple des saints qui ont tendu la deuxième joue, qui ont pardonné les offenses, qui ont reçu sans tressaillir les crachats et les insultes. »

La complicité des missionnaires catholiques avec l'administration coloniale était évidente comme le rapporte Côme KINATA : « Les missions religieuses catholiques prirent le parti de l'administration coloniale en excluant les enfants des Matsouanistes de leurs écoles. En effet, cette mesure qui ne pouvait s'appliquer légalement aux écoles missionnaires s'étendit aux établissements d'enseignement libre. La collusion administration coloniale et missions religieuses éclata au grand jour : l'église qui intervient toujours en faveur des opprimés n'éleva aucune protestation devant les massacres des innocents matsouanistes, torturés pour avoir refusé de payer la participation à la Société Indigène de Prévoyance créée pour remplacer l'AMICALE. Les rapports déjà tendus entre les Matsouanistes et les missionnaires se dégradèrent davantage. Les prêtres furent encore accusés de livrer les secrets de la confession aux autorités coloniales. Aussi, les chrétiens matsouanistes qui avaient commis des fautes graves contre l'administration coloniale n'allaient-ils plus les chuchoter à l'oreille des "bons prêtres", car le lendemain, ils risquaient de se trouver sous les verrous. » Les fidèles de la nouvelle église noire sont les Ngounzistes.

11 - LES NGOUNZISTES

Les Ngounzistes sont des Matsouanistes qui ont fait leur apparition vers les années 1945. Le repli spirituel des Amicalistes après la disparition d'André Grenard MATSOUA favorisé par le Kimbanguisme où la vénération de MATSOUA est souvent conjointe à celle de KIMBANGOU, a donné naissance à des grands prêtres se réclamant de la doctrine matsouaniste qui fondent la Nouvelle Eglise noire. Un grand Pape est nommé, un évêque se déclare et un pèlerinage est organisé vers le sanctuaire de Mayama, le lieu du calvaire de MATSOUA.

Le 27 janvier 1946 à Kinkala, les Ngounzistes demandent à l'administration coloniale, la reconnaissance de la religion qu'ils venaient de fonder. En 1950 ils sollicitent un terrain où édifier leur cathédrale. Malgré le refus de l'administration coloniale, le Ngounzisme vit toujours. Les prêtres ngounzistes associent l'action politique à la contemplation religieuse. NZOUNGOU et KOUSSAKANA, fondateurs des cultes religieux, entretiennent des relations de fraternité combattante. Thomas NKARI et KOUSSAKANA-KOUA-MBEMBA optent pour l'indépendance nationale, à acquérir immédiatement ou progressivement. Les Ngounzistes contribuèrent activement à l'obtention de l'indépendance du Moyen-Congo.

Le 18 mars 1921, KIMBANGOU est visité par Nzambi-A-Mpungu, le Dieu-Tout-Puissant. Il avait 22 ans et était catéchiste protestant. Le 6 avril 1921, Simon KIMBANGOU se proclame prophète, commence à prêcher et à galvaniser les masses. Le Kimbanguisme combat, comme le Matsouanisme, un système politique qui minorise le noir en tant que société, en tant que civilisation, en tant qu'aspiration. Les religions européennes proclament l'égalité des races, leur identité devant Dieu. Or, le blanc repousse le noir, se croit supérieur à lui.

L'Altruisme, la Sagesse et l'Elévation Spirituelle prêchés par André Grenard MATSOUA et pratiqués par les Ngounzistes, ont inspiré Bernard KOLELAS qui écrit : « Si les hommes étaient évolués spirituellement, donc, mentalement, s'ils avaient une conscience supérieure, il n'y aurait pas des discriminations de toutes sortes, des injustices, des mensonges, des vols, des assassinats et autres crimes, des guerres dans le monde. Les hommes se reconnaîtraient tous des frères. Les hommes ne sont pas solidaires parce qu'ils ne s'aiment pas. Ils ne s'aiment pas parce qu'ils ne sont pas spirituellement évolués, parce que leur cœur spirituel n'est pas développé. On ne peut pas faire la paix dans la famille sans l'avoir d'abord réalisé dans son cœur ; on ne peut pas faire la paix dans le village sans l'avoir d'abord réalisée dans sa famille ; on ne peut pas faire la paix dans le pays sans l'avoir d'abord réalisée dans son village ; on ne peut pas faire la paix dans le monde sans l'avoir d'abord réalisée dans son pays. Les politiques qui reposent sur la guerre permanente, les divisions, les affrontements permanents entre les fils d'un même pays, ne peuvent pas faire la paix dans le monde. Il y a contradiction, incapacité naturelle de réaliser l'entente à l'échelle internationale, tout en favorisant, tout en instituant en dogme les divisions, la lutte acharnée entre les fils d'un même pays, qui se voient répartis sur deux camps en bataille rangée : le camp des hommes à abattre et celui des hommes qui doivent abattre. » Pour satelliser et neutraliser les indépendances formelles et artificielles distribuées, De GAULLE recrute les "chefs d'Etat amis", installe les dictateurs, organise la corruption, les réseaux mafieux et le "système Elf". Ainsi, le colonialisme continue son œuvre néfaste par la dictature.

12 - LA DICTATURE

La dictature contrecarre la lutte des peuples africains pour les droits et la dignité de l'homme, l'indépendance réelle et l'instauration de la démocratie pluraliste, respectueuse des libertés et des droits fondamentaux de la personne humaine. Sous la dictature, la démocratie est vidée de son sens, les opposants n'ont le choix qu'entre une collaboration "alimentaire" et la lutte armée ? Les élections y sont truquées, les Constitutions violées, les institutions servent à cacher l'arbitraire. Aucun développement socio-économique ne peut se réaliser sous la dictature.

Au sujet de la dictature, Marien NGOUABI écrit : « La dictature ne saurait promouvoir l'Unité nationale. Il est vrai que la dictature peut imposer l'ordre, le silence, et favoriser certaines réalisations, mais sans pour autant amener le peuple à participer en toute conscience et en toute conviction au développement. La dictature brise les libertés syndicales. Aussi convaincu de ce que le peuple seul peut donner à la Nation un élan, convaincu de ce qu'un chef ne peut tout seul, parce qu'il croit tout savoir, décider pour le peuple et à la place du peuple, je demeure attaché au principe de la démocratie - au principe de la participation du peuple à l'œuvre d'édification de la nation. Entendons par le peuple, toutes les couches sociales, de toutes les philosophies. »
Il est certain que dans le système de la dictature, le pouvoir repose exclusivement sur la force et la terreur. Le pouvoir ne procède pas de faire régner la justice mais développe les injustices et les privilèges. Ce type de pouvoir tyrannique est foncièrement étranger aux coutumes et mœurs des populations d'Afrique. La dictature s'installe sitôt la proclamation des indépendances formelles et artificielles des pays africains. Le colonialisme pille désormais à travers des Africains indignes, traîtres à leur nation.

Selon Yitzhak KOULA, le dictateur est choisi selon les critères suivants : « malléable à souhait, sans envergure politique, originaire d'un groupe ethnique très minoritaire et sans état d'âme. Sa capacité à être élu doit être la plus faible possible, de sorte qu'il puisse être légitimé, uniquement, par le "système Elf", doté de moyens militaires bien supérieurs à ceux de l'Etat africain cible. On constate aussi que, ces chefs d'Etat africains, de très mauvaise qualité, s'avèrent être, pour la plupart, mal scolarisés et/ou officiers d'opérette, n'ayant jamais été admis à une école d'officiers. Ils sont aussi victimes d'une enfance difficile, faite de privations et de frustrations mal vécues et de grande misère affective et matérielle. Ils sont très vulnérables à l'appât du gain facile et possèdent une audace sans limite à revendiquer des postes de responsabilité supérieurs à leur capacité personnelle réelle. Compte tenu de leur médiocrité, relève Albin CHALANDON " on ne voit pas toujours tout de suite dans une conversation, même qui dure 1 heure ou 2 heures, la ligne de ce que souhaite l'interlocuteur africain… " Ainsi, " pour François MITTERRAND, ces présidents africains-ci, tout à fait médiocres et très décriés, bénéficieront d'un soutien politique et financier sans faille des autorités françaises. " Mieux ", en France, et seulement en France, ils ont affublés du qualificatif de " sages africains " ou " d'amis de la France. » Souvent, le dictateur qui a un quotient intellectuel très bas, affiche ses portraits géants sur les panneaux publicitaires à l'instar des vedettes de cinéma, pour se donner une contenance tout en évitant les débats d'idées et en cultivant le culte de la personnalité.

Le dictateur placé au pouvoir selon la volonté de ses maîtres blancs, par coup d'Etat ou par fraudes électorales, met en place un pouvoir absolu, sans contrôle. Il continue au profit de ses parrains néocolonialistes, à dominer, exploiter, piller, spolier et opprimer le peuple. Il est aidé et assisté dans cette abominable entreprise, par les réseaux mafieux. Le dictateur est incapable d'accorder une attention sérieuse aux problèmes de développement économique et social, à améliorer les conditions de vie des populations, à assurer l'avenir de la jeunesse, à réussir un projet de société ou un programme de gouvernement. Plus le dictateur terrorise, brutalise et emprisonne, plus il est récompensé par ses maîtres blancs. Le dictateur porte une lourde responsabilité devant l'histoire, pour le mal fait aux peuples. Les pays les plus corrompus sont les plus tyranniques et les plus pauvres. Les peuples souffrent tout à la fois des atteintes aux droits de l'homme et de la corruption du dictateur.

Le dictateur africain, arrivé au pouvoir par les armes et maintenu par des "Gardes présidentielles et des milices" tribales, totalement au service des réseaux mafieux se comporte comme un "gouverneur de colonie". Le dictateur, mu uniquement par ses intérêts individuels et égoïstes, dépourvu de tout patriotisme et vidé de toute substance identitaire, fait l'offre d'allégeance à ses parrains blancs pour piller l'Afrique. Et Olivier MBENZA MBODO de dire : « De nombreux dictateurs africains ont organisé le pillage systématique des ressources de leur pays. Alors que leurs banques centrales manquaient tant de devises, ces dictateurs détenaient, dans les banques occidentales, des avoirs qui ont de quoi scandaliser les personnes non-averties ; ils s'offraient des immeubles dans les quatre coins du monde. Mais les masses populaires ne sont pas dupes, elles savent que leurs dirigeants n'aiment pas leur pays et qu'ils ont de ce fait perdu toute légitimité populaire. Elles ont compris que toutes les promesses qui leur étaient faites sont vides et que dans la gestion du quotidien elles sont livrées à elles-mêmes. Dans les Etats autoritaires d'Afrique, les masses populaires se soulèvent rarement. Elles prennent la mesure de la capacité de violence des pouvoirs et préfèrent développer des stratégies d'"indocilité" et de "ruse" afin de se soustraire, chaque fois que cela est possible, à la terreur de l'Etat dominant. Ces masses sont à la recherche d'un espace où se développeraient de nouvelles solidarités ; une communauté où leurs angoisses quotidiennes pourraient être entendues et comprises. »

Le dictateur ne peut pas organiser des élections honnêtes, démocratiques et transparentes, sans fraude, car il y va de son pouvoir. Roger BOUKA OWOKO de s'indigner : « J'avoue que lorsqu'on aborde la question du processus électoral, j'ai la nausée. De mémoire de Congolais, on n'a jamais vu une aussi piteuse mascarade. Lorsque l'on a encore un minimum d'honnêteté, on devrait tous avoir la tête baissée parce que nous sommes tous souillés de honte. En fait, il n'y a pas eu d'élections démocratiques au Congo. Il y a eu des nominations administratives dans des circonscriptions électives. Comme nous l'avons écrit dans notre rapport de janvier 2002 sur ce sujet, les résultats étaient connus d'avance parce que le processus était confisqué par le pouvoir actuel. Nombreuses étaient les personnes qui nous qualifiaient à l'époque d'alarmistes ou d'oiseaux de mauvais augure. Aujourd'hui, au terme de cette mascarade, ces hommes nous donnent raison. Le parti-Etat est de nouveau de mise. Lorsqu'il y a des dérapages aussi graves portant sur les droits du peuple souverain et sur le fait de savoir qui des hommes et des femmes devront le gouverner, les militants des droits de l'homme sont d'autant plus galvanisés dans leur combat qu'il y a du côté des gouvernants une volonté manifeste d'opprimer tout un peuple. »

Omar BONGO d'ajouter : « A la poste de Brazzaville où j'ai travaillé, je voyais passer des télégrammes de toute nature. Je tombe un jour sur une dépêche transmise par un général français qui venait du gouverneur des colonies et qui était adressée aux chefs des circonscriptions administratives. Son contenu était clair : elle indiquait, pour chaque élection, quel devait être le gagnant, l'heureux élu ! Au Gabon, la France avait choisi Jean Hilaire AUBAME. Jolie démocratie formelle ! Bel exemple pour les jeunes africains que nous étions ! Petite parenthèse : lorsque j'entends les bonnes âmes françaises faire la fine bouche sur le caractère insuffisamment démocratique de nos élections, je pense qu'elles devraient se souvenir de ce passé pas si lointain ! Ce que j'ai découvert à travers ce télégramme, ce sont les liens de dépendance et de sujétion entre ces candidats désignés d'avance et le pouvoir. Cela donnait tout son sens à cette expression que j'employais jusque-là de façon un peu abstraite de "valets du colonialisme". J'étais révolté par un tel comportement, autant vis-à-vis des Français qui trichaient que des Gabonais soi-disant élus et qui acceptaient cette tricherie. Il me fallut du temps pour comprendre que lorsqu'un pays est occupé, il s'y trouve toujours des collaborateurs et que le bien le plus précieux, au-delà des comportements individuels, c'est l'indépendance réelle. »

Souvent la France demande au dictateur, homme "fort" ou homme de la "situation" selon Jacques CHIRAC, sans assise populaire, totalement dévoué aux néocolonialistes, de se maintenir au pouvoir, de corrompre les opposants politiques et de tricher aux élections afin qu'elle puisse piller sans entrave les matières premières et l'aide au développement. La corruption, l'achat de conscience et le refus de l'organisation des élections par une commission indépendante, sont les moyens utilisés par le dictateur pour rester au pouvoir avec l'aide des réseaux mafieux pour lesquels il n'est qu'un "gouverneur de colonie". L'action politique du dictateur se résume à la répression, au crime, à la démagogie et surtout à la corruption.

13 - LA CORRUPTION

La corruption est rejetée par les peuples, qui y voient une cause importante de leurs malheurs. La lutte contre la corruption a servi de prétexte à de nombreux coups d'Etat, et à la prise de pouvoir par les tyrans. Contre ce fléau il faut lancer régulièrement de grandes campagnes destinées à moraliser la vie politique et publique et à instaurer la démocratie véritable. La corruption est de plus en plus insupportable, car elle est une des causes principales du sous-développement de l'Afrique.

"La Nouvelle Marche", un journal africain, publie : « La corruption est un véritable cancer. Un cancer qui s'attaque malicieusement et à petits coups à ce tissu social que constituent les citoyens chargés de l'administration et de la gestion des communautés auxquelles ils appartiennent. Cette corruption a été, comme nous l'enseigne l'histoire de l'humanité, à la base du déclin et de la décadence de certaines nations. Elle apparaît aujourd'hui comme une peste sociale contre laquelle il faut livrer une guerre rude et sans merci. Car elle sape le moral, détruit l'initiative, avilit l'individu et le ravale au niveau de la bête ; elle désorganise l'économie et développe les injustices qui sont le plus souvent à l'origine des troubles sociaux. Le pays sans corruption fait reposer sa philosophie du développement social sur l'honnêteté, l'intégrité, la conscience professionnelle et le sérieux dans le travail bien fait. »

Au sujet de la corruption qui est le support de la dictature, Pierre PEAN écrit : « Plus que la peste hier et le sida aujourd'hui, la corruption tue. En détournant à leur profit l'argent public, en méprisant, au-delà de toute décence, l'intérêt général, les dictateurs doivent être tenus pour responsables, de la misère dans laquelle croupissent des milliers d'êtres humains. Par un enchaînement pervers et souvent mécanique, la corruption est devenue l'un des facteurs essentiels du sous-développement. La corruption est à traiter comme "crime contre l'humanité." L'"argent noir" détruit les pays sous-développés, leur tissu économique et social. Des dizaines de milliards de francs ont ainsi été dérivés vers des comptes en banque secrets de dictateurs de pays pauvres… Et tant pis si les pays pauvres s'en trouvaient ruinés pour longtemps. Le système fonctionne, sans à-coups ni crises de conscience. L'argent coule à flots dans les circuits financiers internationaux. »

Deux mois et demi avant sa mort, Thomas SANKARA annonce : « Je crois qu'on ne peut pas définitivement supprimer la corruption dans le monde et en Afrique tant qu'à tous les niveaux, toutes les tâches de transformation de la société n'auront pas été accomplies et même tant que notre environnement économique, politique, social n'aura pas lui aussi été sur des positions qui favorisent la lutte contre la corruption. Il y a des corrompus parce qu'il y a des corrupteurs. Même le jour où il n'y aura plus de corrupteurs en Afrique, il se pourrait qu'il y ait des personnes à l'étranger, des personnes que nous ne contrôlons pas, qui croient encore à la corruption et en la force de la corruption pour résoudre les problèmes, qui vont être là pour piéger, tenter, séduire, soudoyer des Africains. C'est pourquoi, de tous les maux de la société, le mal est toujours en avance, du point de vue de l'imagination, sur le bien. C'est pourquoi, également, les corrupteurs trouvent toujours des méthodes de corruption. Nous avons trouvé une méthode pour lutter contre une certaine forme de la corruption. Eux ont créé une nouvelle forme de corruption ; à nous de trouver encore de nouvelles méthodes. Mais ces nouvelles méthodes, quelles qu'elles soient, supposent que le peuple lui-même combatte la corruption, dénonce les corrompus, les corrupteurs, les cas de corruption ; et que nous n'hésitions pas à sanctionner tous ceux qui ont pu être corrompus, traduire en justice toutes les formes de corruption. »

De la corruption, la Banque mondiale décrit les conséquences : « Le détournement des deniers de l'Etat et la perte de confiance du public sont ce qui est le plus préoccupant. La corruption sape l'efficacité du gouvernement.

  • A la longue, la corruption sape la confiance de la population dans les institutions publiques. Il devient alors difficile de relever la qualité de la fonction publique, l'attention du public se détourne de la situation économique pour se concentrer sur cette seule question et, dans les cas extrêmes, la corruption déclenche des révolutions (ou tout au moins leur sert de prétexte).
  • La recherche du pot-de-vin peut devenir pour les fonctionnaires la préoccupation dominante. Ils ne font rien pour rien et beaucoup de gens passent leur temps de façon improductive à s'assurer leurs faveurs ou à acheter leur silence. La corruption devient alors la raison d'être de l'administration plutôt qu'une activité mineure. Dans les cas extrêmes, par exemple dans les pays exportateurs de pétrole, il arrive que l'administration de régions entières et des branches du gouvernement soient totalement corrompues.
  • La corruption tend à favoriser ceux qui détiennent le pouvoir économique ou institutionnel.
  • La corruption peut prendre des dimensions telles qu'elle a des conséquences économiques considérables : elle peut, par exemple, stimuler les exportations illégales de capitaux ; ou bien de gros projets sont attribués au plus offrant (qui est souvent une société multinationale) et non au meilleur. »

Et Pierre PEAN d'ajouter : « La famine endémique de quelque huit cents millions d'êtres humains, la misère de près de la moitié des habitants de notre planète ne sont pas dues au seuls aléas de la météorologie et de la nature des sols, ni aux seuls écarts des technologies, ni même au seul "impérialisme" du Nord… Alors que toutes les énergies devraient se mobiliser pour relever le défi du sous-développement, de trop nombreux chefs de bande dirigent leurs pays sans souci aucun des populations qui y crèvent de faim. Des dictateurs n'ont pensé qu'à accumuler des montagnes de dollars hors de leurs pays, dans des comptes numérotés en Suisse ou en d'autres paradis fiscaux. D'après nombre de sources convergentes, celui qu'un universitaire américain a appelé "le plus grand voleur des annales du crime", un dictateur africain, aurait confisqué à son seul profit des milliards de dollars (en tout cas un chiffre supérieur à la dette extérieure de son pays). Chacun peut aisément imaginer les effets dévastateurs, d'un tel détournement. Et il ne s'agit pas seulement là d'évasion de capitaux. La corruption entraîne d'innombrables effets pervers. La plupart des projets dits "de développement" ne sont pas analysés par ces chefs de bande qu'à travers le prisme du bakchich escompté, si bien que beaucoup d'usines clés en main n'ont été en réalité que des usines à fabriquer… des commissions pour les intermédiaires, et des dettes pour les pays sous-développés, aujourd'hui dans l'incapacité de les rembourser. Autrement dit, la corruption n'a pas seulement majoré le prix des produits, elle a perverti les choix des dirigeants et ruiné dans la société tout esprit d'entreprise : pourquoi faire des efforts quand les combines sont reines ? Le Nord commence enfin à comprendre qu'au-delà d'un certain seuil, la pauvreté n'est plus exploitable. Et que, finalement, cette politique d'exportations à tout prix coûte cher. Sans compter que la corruption inoculée ailleurs nous menace à notre tour… »

David J. GOULD complète : « Que de très importantes commissions aient été perçues à l'occasion de la passation de ces marchés n'est mis en doute par personne ; la véritable corruption se situe au niveau d'une dynamique plus globale de mise à sac progressive d'un Etat par "consentement mutuel". La corruption et le sous-développement sont des composantes d'un même processus qui sont dialectiquement liées… Chacune détermine la façon dont l'autre se développe. Cela signifie que la mécanique de corruption a une part prééminente dans le processus de sous-développement… » L'Ayatollah KHOMEINY de conclure : « Le pouvoir "satanique" des dictateurs ne peut engendrer que la "corruption sur la terre", le mal suprême qui doit être impitoyablement combattu et déraciné. Pour ce faire, nous n'avons d'autre solution que de renverser tous les gouvernements qui ne reposent pas sur les purs principes islamiques, et sont donc corrompus et corrupteurs. »

Et HOUPHOUËT-BOIGNY de déclarer : « La corruption est une épidémie. Il faut sanctionner tous ceux qui se livreraient à l'odieuse pratique de se faire payer les services qu'on est normalement en droit d'attendre d'eux. Le Président de la République tient, une fois de plus, à préciser que personne ne lui a fait l'injure de lui proposer une commission quelconque pour l'obtention d'avantages. Et il ne lui viendra jamais à l'esprit de perdre sa dignité, toute dignité, au regard d'un peuple qui lui fait confiance, en acceptant la plus belle commission. Tous les citoyens conscients de l'avenir de leur pays doivent être mobilisés contre ce fléau, avec la conviction et la détermination de faire subir les rigueurs de la loi aux corrupteurs et aux corrompus. Je réprouve sous toutes leurs formes, explicites ou feutrées, les trafics d'influence et la corruption. »

14 - LES REASEAUX MAFIEUX

« Les pays africains ont été, à leur indépendance, emmaillotés dans un ensemble d'accords de "coopération" politique, militaire et financière qui les ont placés sous tutelle. Des "amis" de la France ont été installés à leur tête, les autres ont été éliminés. Les "amis" ont été conviés à s'enrichir, et à enrichir leurs parrains français : un système corrupteur dans tous les sens du terme, c'est-à-dire destructeur de tout projet politique et de l'Etat. D'abominables guerres civiles ont été allumées, exacerbées ou prolongées pour élargir le pré-carré francophone. La bannière humanitaire a été utilisée pour couvrir des trafics d'armes. L'exploitation à grande échelle et le commerce d'import-export qui se trouvent presque exclusivement entre les mains des "sociétés" étrangères, qui explique la difficulté de l'indigène à " s'élever économiquement " ; la pauvreté des masses indigènes qui est accentuée par la dégradation des économies traditionnelles. »(VERSCHAVE)

Dès 1944, le général De GAULLE a subi le processus de décolonisation plus qu'il ne l'a voulu. Les Etats-Unis, anciennes colonies affranchies de la tutelle britannique et l'URSS internationaliste, tenaient simultanément des discours favorables à l'émancipation des colonies de la vieille Europe. Bien qu'attaché à l'empire français, De GAULLE a tôt compris qu'il devrait feindre de précéder le mouvement. Revenu au pouvoir en 1958, il confia donc à Jacques FOCCART le soin d'élaborer un nouvel édifice, la Communauté, dans lequel les ex-colonies d'Afrique ne seraient pas vraiment indépendantes : la monnaie, la politique étrangère et la défense demeureraient "communes." FOCCART avait fait le ménage, écartant ou éliminant tous ceux qui n'acceptaient pas le système retenu : la soumission aux intérêts supérieurs de la France, en échange d'un partage des rentes. Les présidents des Etats du pré-carré furent ceux que la France avait choisis. Les accords qu'ont signé ces chefs d'Etat-là n'ont donc pas été librement consentis. Des accords secrets protégeaient personnellement le chef d'un régime client et le garantissaient contre toute subversion non désirée. Les bons amis de la France pouvaient ainsi "régner" à vie. En 1960, l'histoire accule De GAULLE à accorder malgré lui, les indépendances aux colonies d'Afrique noire. L'"homme de l'ombre" Jacques FOCCART est chargé de phagocyter et de confisquer ces indépendances formelles et de maintenir la dépendance, par des moyens forcément illégaux, occultes, inavouables. Il sélectionne des chefs d'Etat « amis de la France. »

A ces gardiens de l'ordre néo-colonial, Paris propose un partage de la rente des matières premières et de l'aide au développement. Ainsi naquit la Françafrique que VERSCHAVE définit comme suit : « La Françafrique désigne une nébuleuse d'acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisée sur l'accaparement de deux rentes : les matières premières et l'aide publique au développement. La logique de cette ponction est d'interdire l'initiative hors du cercle des initiés. Le système, autodégradant, se recycle dans la criminalisation. Il est naturellement hostile à la démocratie. Le terme évoque aussi la confusion, une familiarité domestique louchant vers la privauté. »

Jacques FOCCART avoue : « Le 11 septembre 1959, le Mali et le Madagascar, annoncent qu'ils demanderont bientôt l'indépendance…» Le général De GAULLE leur répond : « Il n'y a pas d'indépendance qui vaille sans Etat. Organisez d'abord vos Etats. Ensuite vous verrez. » Pourtant, trois mois plus tard, il acquiesce solennellement à la demande des Maliens. Il percevait avec clairvoyance l'évolution qui se produisait. Il a choisi de ne pas courir après des chimères, et de franchir cette étape beaucoup plus tôt qu'il ne l'avait envisagé. Le général en était conscient. Il n'y pouvait rien et il le déplorait. Quand le général m'a nommé secrétaire général de la Communauté, il m'a dit en substance ceci : « La France a perdu l'Indochine, et il n'y a plus à revenir là-dessus. Nos positions en Algérie ont été gâchées par tant d'erreurs, de sang et de souffrances. Il reste l'Afrique noire, où la décolonisation en cours doit être une réussite, dans l'amitié, en accompagnant les populations de ces pays. C'est de cela que je vous charge. » Pierre BIARNES, qui suivit la décolonisation, a résumé en trois propositions les constantes de la politique de la France à l'égard des anciennes colonies africaines après 1960, telle que j'ai été chargé de l'appliquer : « Consolider le pouvoir des dirigeants qui jouaient loyalement le jeu de l'amitié franco-africaine et faire sentir le mors à ceux qui regarderaient un peu trop dans d'autres directions ; contrer en même temps les visées de puissances concurrentes dès qu'elles étaient jugées menaçantes. »

FOCCART de poursuivre : « Les affaires africaines intéressaient le général De GAULLE dans tous leurs détails. Il tenait à suivre le fil de l'évolution qu'il avait amorcée et à la comprendre, pays par pays. Il connaissait les hommes qui comptaient, et pas seulement les chefs d'Etat ; il n'ignorait rien de leurs forces et de leurs faiblesses de caractère, de leurs assises, de leurs soutiens, de leurs adversaires ni de leurs problèmes. Quand DELAUNEY a été nommé, il lui appartenait, bien entendu, de respecter les formes de l'indépendance, mais qu'il devrait prendre à cœur les affaires des pays africains comme l'aurait fait un haut-commissaire colonial. Le général avait toujours sanctionné ce qu'il considérait, jusqu'à preuve du contraire, comme un acte inamical envers la France. Il ne voulait pas laisser passer un acte contraire à l'esprit de la coopération franco-africaine, fut-il seulement inconsidéré. Il entendait marquer qu'il respectait nos partenaires à condition qu'ils fussent responsables et qu'ils ne fissent pas n'importe quoi. Le rappel de cette règle m'a permis, dans bien des occasions, de retenir des chefs d'Etat africains qui s'apprêtaient à prendre telle ou telle décision, en leur indiquant exactement les risques qu'ils couraient. Il n'en a jamais rien été, tant il est vrai que l'intérêt de la France et celui de ses anciennes colonies devenues ses partenaires se confondaient, pour l'essentiel en objectifs et stratégie. J'ai été l'avocat de l'Afrique sans jamais encourir le reproche d'oublier les intérêts de la France. »

Pierre JOXE d'ajouter : « En Afrique, la France a poursuivi la tradition colonialiste. Les accords militaires donnaient à l'ambassadeur un rôle qui était celui qu'avait autrefois le gouverneur. Personnellement, je n'ai jamais réussi à obtenir la totalité des accords et leurs clauses secrètes, tellement secrètes que je ne sais même pas qui les connaît. »

Ces indépendances formelles et arbitraires ont raffermi la prise de conscience des Africains de leur personnalité et de leur aspiration à l'indépendance réelle pour laquelle Patrice LUMUMBA déclare : « Car cette indépendance, si elle est proclamée aujourd'hui dans l'entente avec un pays ami avec qui nous traitons d'égal à égal, nul Africain digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c'est par la lutte qu'elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. Cette lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. Ce fut notre sort en quatre vingt ans de régime colonialiste, nos blessures sont encore trop fraîches et trop douloureuses pour que nous puissions les chasser de notre mémoire. »Ce discours lui vaudra son assassinat quelques mois après.

Barthélemy BOGANDA d'insister : « L'indépendance et la souveraineté nationale consistent à se passer des autres et il n'y a pas d'indépendance vraie tant qu'on est tributaire en sens unique et sans contrepartie. Un Etat unique et un Parlement unique réduiront considérablement nos dépenses actuelles. Nous pourrons réduire le budget de fonctionnement et consacrer une plus grande part de nos ressources au développement du pays pour le bien-être de tous les citoyens et non seulement pour une catégorie de privilégiés. Puisque cela est réalisable, nous devons le réaliser, sinon nous serons jugés et condamnés par la postérité comme traîtres à notre mission. » Suite à cette prise de position, Barthélemy BOGANDA sera assassiné le 29 mars 1959 par catastrophe aérienne.

Et Marien NGOUABI d'ajouter : « L'Afrique indépendante doit lutter pour affranchir ses compatriotes de l'esclavage moderne dont ils sont encore victimes, pour les libérer de cette domination inadmissible qui leur est infligée par une minorité de rapaces prétendus civilisés, alors que cette oppression, cette exploitation impitoyable, cette terreur sanglante ne peuvent appeler que révolte, violence, implacable et totale, de tous ceux qui ploient encore sous le joug de ces impérialistes racistes. » Pour neutraliser les indépendances africaines comme l'a voulu le général De GAULLE, Jacques FOCCART met en place le "système Elf". Le "système Elf" est le mécanisme sophistiqué utilisé par les firmes françaises implantées à l'étranger, qui pratiquent la corruption avec la complicité de l'Etat français.

15 - LE SYSTEME ELF

« Aucune leçon n'a été tirée de l'enquête Elf, pas plus en France qu'en Afrique. Le préfinancement du pétrole par les grandes banques continue comme si rien ne s'était passé. Les abonnements, les commissions et les rétro-commissions circulent encore. Les dictateurs pétroliers et leurs " dealers " occidentaux alimentent leurs comptes personnels au Luxembourg ou dans les îles Caïmans. Pourtant, en dégageant plusieurs milliards de francs de caisse noire, les dictateurs africains et les dirigeants d'Elf ont fait bien plus que détourner de l'argent : ils ont créé du malheur, appauvri l'Afrique. Les partis et les hommes politiques français, amis et parrains des dictateurs continuent de fonctionner et de s'enrichir au mépris des Africains par les rétro-commissions pétroliers et les rétrocessions des aides au développement. Le "système Elf" décrié, continue à fonctionner sous d'autres formes avec les mêmes acteurs et les mêmes moyens », constate Eva JOLY.

L'absorption d'Elf par Total n'a rien changé. La privatisation ne remet pas en cause le "système Elf" qui reste indispensable et vital pour les dictateurs et les hommes politiques français, comme le confirme Omar BONGO : « Tout ce que je veux dire, c'est que le système mis au point de longue date avec Elf se poursuivra avec Total, dans l'intérêt mutuel de cette compagnie et des dirigeants africains. »

Le général de GAULLE voulait une société complètement contrôlée par l'Etat, qui soit son bras séculier dans le pétrole, et pour affirmer sa politique africaine. Elf est mise en œuvre pour fonctionner comme une compagnie pétrolière, mais il s'agit également d'un prolongement de l'Etat français, afin que la politique africaine soit bien conforme aux intérêts de la France. Et c'est justement parce que cette société avait un objet politique et diplomatique en Afrique qu'elle a de tout temps financé les services secrets. Parallèlement à l'exploration et à l'exploitation du pétrole, un certain nombre d'opérations opaques étaient organisées afin de préserver une stabilité politique dans certains pays africains. Elf joue un rôle politique dans la partie francophone du continent noir. Elf est un service de renseignement, combinant l'action secrète de la DGSE avec le jeu d'influence diplomatique du Quai d'Orsay. Ce n'est qu'une institution délocalisée de l'Etat français. Le "système Elf", grâce au coup d'Etat et à la fraude électorale, place à la tête des pays africains des présidents "amis" et des dictateurs qui sont des nouveaux gouverneurs coloniaux voués corps et âme à la France. Avec ces traîtres de l'Afrique, la France signe des accords militaires, financiers, diplomatiques et culturels, de domination, de pillage et de corruption, au mépris de la population. Elf a de tout temps financé les services secrets. Parallèlement à l'exploration et à l'exploitation du pétrole, un certain nombre d'opérations opaques étaient organisées afin de préserver une stabilité politique dans certains pays africains. Le système a été créé pour fonctionner dans l'opacité.

Loïk Le FLOCH-PRIGENT témoigne : « L'opacité du "système Elf" avait pour objet de servir la République. Mais il n'a pas servi que les hommes politiques, il a aussi servi certains réseaux, et les services secrets. Mais personne ne s'est "mouillé" pour dire qu'Elf a couvert des opérations secrètes "dans l'intérêt de la France." Dans les pays africains, pour la plupart francophones, le gaullisme s'était implanté en même temps que la société pétrolière. Les liens entre les hommes politiques locaux et français étaient étroits, très étroits. Si bien que, lorsque je vous ai dit qu'Elf avait été créée pour être le bras séculier de l'Etat, on peut se demander si ce n'était pas tout simplement le bras séculier du gaullisme. Autour d'Elf avait été tissée une relation étroite entre la France et l'Afrique, et si on touchait à cette organisation historique, c'est la rupture avec l'Afrique qui était en jeu. C'est Jacques FOCCART qui avait bâti ce système sur ordre du général De GAULLE. Un réseau, c'est d'abord une amicale, une appartenance à une idée ou à une action. Il s'agissait là de gérer la période post-coloniale de l'Afrique en permettant à la France de garder son influence et surtout sa position de grande puissance aux Nations unies et au Conseil de sécurité. Les chefs d'Etat devaient être des "amis" et il existait des relations entre Africains et Français d'Afrique qui maintenaient la stabilité de leur pouvoir. Dans tous les milieux, politiques, affaires, sécurité, ces hommes s'entraidaient de façon naturelle depuis la scolarité des enfants jusqu'aux contrats de développement des routes, des ports, des usines… et du pétrole. Le réseau, c'est un maillage d'intérêts pour l'information puis pour la mise en œuvre des politiques. On a parlé bien sûr de Franc-maçonnerie, mais il y a aussi les clubs de type Rotary ou Lions, etc. L'essentiel était d'assurer une solidarité sans faille entre Africains et Français dans le but affiché de sauvegarder l'amitié entre la France et ses anciennes colonies. »

Elf a mis en place un mécanisme de détournement des fonds très sophistiqué. Les sommes versées à titre d'écart entre le prix officiel et le prix du marché, qu'on appelle des bonus ou différentiels sur le prix du baril, ces "compléments de prix", sont l'une des clés du "système Elf". Peut-être le poumon de la corruption. Les prix du pétrole varient et suivent les cours du dollar. Pour les hommes du trading, rien n'est plus simple que de jouer sur les cours. D'appauvrir les Etats africains ou d'enrichir les dictateurs. Hors impôts, la compagnie pétrolière devait verser 17% de ses "recettes sur zones" aux Etats au titre de la redevance pétrolière. On appelle cela les "fonds de souveraineté" ou royalties. Ils sont gérés sur des comptes bancaires à l'étranger (paradis fiscaux) que les dictateurs ont à leur disposition. Une grande partie de la rente pétrolière échappe ainsi aux circuits économiques nationaux. On n'imagine pas l'ampleur des accords occultes susceptibles d'être conclus entre les compagnies et les dictateurs. Le partage d'un différentiel - sur 18 dollars le baril, on prélève un dollar pour Elf, et un autre pour le dictateur - ou l'attribution de redevances particulières sur des puits. Ou, plus occulte encore, l'attribution de cargaisons de brut n'apparaissant pas en comptabilité. Le FLOCH-PRIGENT a lui-même rapporté l'existence de cette méthode adoptée par "des gens de l'ombre." Les cargaisons non-officielles apparaissent régulièrement sur le marché du trading.

Pascal LISSOUBA témoigne : « On peut s'entendre avec les pétroliers par des cheminements divers : ils passent par la FIBA. Autour de cette banque, il y a d'autres filières pour faire passer les commissions. La manière dont les commissions sont évaluées est complexe. Le ministre des Finances peut placer l'argent de la rente pétrolière dans des banques spécialisées où il rapporte des intérêts sans les reverser à l'Etat. Normalement cela irait dans les caisses noires du président. » Un homme était bien placé pour cela : André TARALLO.

André TARALLO, "Monsieur Afrique" d'Elf, supervisait tout le système de distributions et rétro-commissions, "bonus" officiels et parallèles, "abonnements" (prélèvements fixes sur les ventes) ou autres faux frais. Il s'épanche : « Ces versements s'inscrivent dans une continuité, dans le cadre des relations sur le long terme entre la compagnie et le pays considéré et dans un climat de confiance avec les dirigeants de cet Etat. Une de mes missions, au sein du groupe Elf, consistait à entretenir ces relations et à être le garant de l'exécution des engagements pris. " " Minimiser l'argent laissé aux pays producteurs de pétrole, donc maximiser le profit - un butin en partie occulte à partager entre les hommes politiques français et les dictateurs africains. Le dictateur congolais a un grand mérite : il ne réclame pour son Etat que 17% de redevance sur la production pétrolière déclarée, et se montre très compréhensif sur les cargaisons non-déclarées. » En attente de ce partage, nombre de comptes en Suisse fonctionnaient selon ce que TARALLO appelle une "indivision africaine" : un pot commun de plusieurs centaines de millions d'euros par an, incluant les spéculations sur les cours du pétrole, sur les taux de change, sur les crédits consentis. L'imagination en ces domaines demeure sans limite, ce qui fait que les sommes détournées défient l'imagination. Sur ces commissions légales qui rémunèrent soit l'Etat producteur, soit des intermédiaires commerciaux, Elf avait pris l'habitude de prélever 5 à 10% pour financer les partis ou les hommes politiques français.

Cette pratique de commissions occultes est appelée rétro-commissions ; ce sont des commissions qui reviennent dans le pays où la société à son siège ; elles représentent un pourcentage de la commission officielle versée à un Etat ou à un intermédiaire. Par Elf, se font les négociations parallèles, les coopérations cachées permettant de fournir en armes des peuples "sensibles" ou des alliances secrètes entre Etats qui ne sont pas destinées au public. Ce sont des sociétés spéciales, installées dans des paradis fiscaux et totalement inconnues du public, qui se chargent du versement des fonds. L'homme qui, pour le compte de l'Etat, contrôlait les comptes de la société pétrolière Elf, écrit avec beaucoup d'humour à son successeur la raison pour laquelle il ne s'était pas aperçu de la " fuite " de centaines de millions de francs : Les comptes qui étaient de simples comptes de cuisinière, ne faisaient rien apparaître au sujet de cette affaire. Toutes les opérations s'étaient déroulées à l'étranger dans des filiales dont certaines étaient inconnues et dont le financement était assuré par des emprunts qui n'étaient approuvés par aucun conseil d'administration. Aucune caution n'avait été donnée. Il aurait fallu être plus malin que je ne le suis pour connaître Fisalma en Amérique latine, AMDEN au Liechtenstein, FIBA au Congo, RIVUNION en Suisse, etc. Aucune dépense ne figurait dans les comptes d'Elf en France.

Le "système Elf" est utilisé par toutes les sociétés françaises, comme l'explique Pierre PEAN : « De manière générale, comment pratiquent les sociétés françaises qui veulent corrompre avec la bénédiction officielle ? Les très grosses firmes implantées à l'étranger ont l'embarras du choix entre les moyens, et, bien souvent, elles ne prennent même pas la peine de prévenir l'administration. Les sorties occultes d'argent peuvent, par exemple, s'effectuer facilement par le biais d'une filiale et par la méthode bien connue de la surfacturation. Pour ne pas demeurer en reste. L'anti-gang des douanes tente d'ailleurs à son tour de corrompre des employés des banques suisses pour savoir si les flux de lingots et d'argent destinés théoriquement aux rois, émirs et présidents du tiers monde ne reviennent pas, après quelques détours, vers la France. Leurs découvertes sont souvent explosives, mais pas toujours révélées : le financement des partis politiques provient en effet pour une grande partie de ces "retours au pot." Les gouvernements successifs et l'administration acceptent que d'importantes sommes d'"argent noir" sortent de France pour corrompre des responsables étrangers. On institutionnalise l'hypocrisie, voire la délinquance financière. Ce recul accepté de l'Etat de droit est d'autant plus paradoxal et dangereux que ceux qui donnent leur aval à ce jeu illégal savent bien qu'une partie des bakchich autorisés revient dans les caisses des partis politiques pour alimenter le jeu… républicain. Effet boomerang qui risque de porter atteinte une seconde fois aux règles de fonctionnement de la démocratie. Les soupçons de corruption pesant sur l'élu, ministre, député ou maire, ne ruinent plus sa carrière. Mais peuvent fort bien ruiner celle de l'accusateur… Ce sont les incorruptibles qui auraient aujourd'hui vocation à périr sur l'échafaud - un échafaud plus "doux", il est vrai, fait de silence condescendant et de mise au placard… A la faveur de ce fossé de plus en plus large entre principes et pratiques, il n'est pas étonnant que ce soit forgée, avec l'accord de l'establishment politique et économique, une arme secrète, sorte d'Exocet destiné au tiers monde, dont la nation entière préfère ignorer les dégâts meurtriers. Les grands corrupteurs ne portent-ils pas tous les insignes auxquels on reconnaît les meilleurs serviteurs de la République ? »

En 1965, MASSAMBA-DEBAT aurait repoussé, sur les conseils des experts algériens, l'offre de la compagnie Elf, pour une exploitation pétrolière qui avait été jugée peu avantageuse pour le pays. Selon certaines sources proches de son entourage, la connivence entre l'Algérie et le Congo, sur les questions énergétiques, aurait été considérée comme une provocation par les milieux gaullistes. En décembre 1975, Marien NGOUABI réitère l'erreur de MASSAMBA-DEBAT en cherchant à s'appuyer sur une expertise algérienne pour régler ses problèmes avec Elf qu'il accuse de mauvaise foi dans l'exécution des contrats et de rétention dans la production. Il décide d'augmenter la fiscalité sur le pétrole. Pierre GUILLAUMAT entreprend alors une "grève" de la redevance pétrolière qui va asphyxier l'économie congolaise et entraîner la chute et l'assassinat de Marien NGOUABI en mars 1977.

Il faudra attendre l'arrivée au pouvoir d'un dictateur, nouveau "gouverneur de colonie", à la solde de la France pour voir se stabiliser les relations entre Elf et le Congo. Le flux financier principal provient du pétrole, dont la production a augmenté considérablement. Des prix élevés, un dollar cher et un nombre de barils plus que doublé ont tourné la tête au dictateur congolais et ses complices. Tous se sont alors lancés dans de grands projets. Surfacturés pour cause de commissions, ces grands projets ont entraîné d'énormes emprunts qui ont conduit le pays au bord de la faillite. Les hommes clés qui ouvrent toutes les serrures au Congo sont les parents du dictateur. A Poto-Poto, le quartier populaire de Brazzaville, tout le monde parle ouvertement des ministres voleurs, de l'argent détourné.

Le successeur de Pierre GUILLAUMAT, Alain CHALANDON, misait en effet sur les puits off-shore du Congo, très prometteurs, pour renforcer les capacités de la compagnie pétrolière dans le golfe de Guinée. La FIBA s'installe alors à Brazzaville et se pose en intermédiaire dans les investissements et les trafics divers des hommes politiques congolais. Des méthodes incroyablement sophistiquées ont été mises au point dans le seul but de détourner des milliards de francs. Les systèmes utilisés sont les prélèvements, les bonus, les rétro-commissions et les abonnements, favorisés par la multiplication des paradis fiscaux, les secrets bancaires et les sociétés écrans off-shore. Les banques néocoloniales se sont transformées en système de transfert et de détournement de l'argent sale provenant du pillage et de la corruption. «" Où a-t-on vu que le pétrole ait jamais été, en Afrique noire, une source de progrès et de bien-être ? Ce qui est arrivé à chaque fois, c'est très exactement le contraire : chez nous, qui dit pétrole dit malédiction des populations, dictature, violences, guerres civiles… Au Congo, ce ne sont que chaussées défoncées, mouroirs tenant lieu d'hôpitaux, écoles ressemblant à des chenils… Où va l'argent du pétrole congolais ? » se désolait avec rage l'écrivain MONGO Beti.

François MITTERAND, dans un sursaut humaniste, remarque à La Baule : « Quand je constate par exemple que le flux de capitaux qui va du Sud pauvre vers le Nord riche est plus important que le flux de capitaux qui va du Nord riche au Sud pauvre, je dis qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Le colonialisme n'est pas mort. Ce n'est plus le colonialisme des Etats. C'est le colonialisme des affaires et des circuits pétroliers » et le Parti socialiste français d'ajouter : « Bien que notre politique de coopération ait à se développer dans le cadre de relations interétatiques, il existe dans les pays sous-développés comme dans les pays développés des classes dirigeantes dont les intérêts ne se confondent pas nécessairement avec ceux des masses. Il conviendra de ne pas le perdre de vue lors de nos négociations. Il serait bien naïf en effet de croire qu'un gouvernement dont l'assise n'est pas populaire utilisera une aide accordée sans conditions à des opérations de développement favorables aux couches les plus démunies de sa population. » Les banquiers, secrets par nature, ont finalement été obligés de lever progressivement le voile sur un des plus grands scandales du siècle : la fuite des capitaux du Sud vers le Nord, alors même que le Sud avait un besoin vital de capitaux. Le grand public avait certes pris l'habitude de découvrir l'ampleur de la fortune des dictateurs déchus qui se chiffrait généralement en milliards de dollars, toujours placés à l'extérieur de leur pays.

Le FMI évoque : « De fait, on peut dire que la fuite des capitaux profite aux pays industrialisés, puisqu'elle leur apporte l'épargne étrangère et, dans la mesure où les transactions se font dans leur propre monnaie et par leurs circuits bancaires, représente en quelque sorte le profit de la frappe des monnaies. D'abord, les gouvernements des pays industrialisés peuvent profiter des prêts à faible intérêt que leur octroie l'obligation de réserve sur les dépôts des non-résidents, tandis que, parallèlement, les gouvernements des pays en développement doivent emprunter auprès des banques au taux d'intérêt du marché. Enfin, l'écart entre les taux de prêts et les taux de rémunération des dépôts peut être très rentable pour les banques des pays industrialisés concernées par ces transactions. » Les banques françaises n'étaient d'ailleurs pas demeurées en reste. Les " caches " les plus attirantes pour les dictateurs, outre les traditionnelles banques suisses, ont sans doute été les nouveaux centres bancaires off-shore que sont les paradis fiscaux. Dans ces refuges, aucun regard indiscret, pas de contrôle, pas de taxe. C'est le maquillage institutionnalisé. Pour l'essentiel, la fuite des capitaux est constituée des fruits de la corruption ou de l'argent facilement gagné dans des situations de monopole. Il est désormais admis - notamment par le FMI - que ces fuites, en réduisant les ressources dont disposent les pays en voie de développement, représentent " une perte de croissance potentielle. " Dans les grands contrats passés entre ces Etats et les sociétés étrangères, la commission est directement versée dans des paradis fiscaux… En fin de compte, on peut estimer que l'" argent noir " de la corruption s'évalue en centaines de milliards de dollars.

Si le Congo avait connu un régime transparent et véritablement démocratique, ce pays serait le modèle de l'Afrique. Le Congo a été ravagé par plusieurs guerres civiles ; pour plus de sûreté, les deux camps étaient financés par Elf. Le néogaulliste Jacques CHIRAC, bénéficiaire et héritier du "système Elf", cultive des relations de plus en plus intéressées et occultes avec les frères dictateurs africains. CHIRAC disait à Abidjan en février 1990, que le « multipartisme est une erreur politique en Afrique, une sorte de luxe que les pays en voie de développement n'ont pas les moyens de s'offrir. » Parvenu à l'Élysée, il n'a cessé d'armer ces dictateurs ou de les dédouaner, de bénir leurs fraudes électorales et de les considérer comme des simples gouverneurs coloniaux au service de la métropole. Il a restauré, à un prix effroyable, son ami le dictateur congolais ; chef des Armées, il a impliqué ou laissé interférer des mercenaires, des commandos, des instructeurs ou des trafiquants d'armes français dans les guerres civiles africaines.

Derrière cette politique de puissance, au nom des "intérêts de la France", il y a des milliers d'assassinats, des millions de morts, massacrés ou affamés, un nombre incalculable de tortures et de viols. Chez les néogaullistes, la question de l'argent a la priorité sur toutes les autres. « J'ai de quoi faire sauter toute la classe politique française, de gauche comme de droite », se targuait régulièrement SIRVEN auprès de ses proches. André GUELFI ajoute : « Si la justice devait mettre en prison tous ceux qui ont touché de l'argent d'Elf, il n'y aurait pas grand monde en France pour former un gouvernement ! Elf arrosait tous azimuts. Tous les partis ont touché, le PS, le RPR, tout le monde. »

Omar BONGO gronde : « Un jour, s'il le faut, je parlerai, et peut-être que certaines têtes tomberont. » Pascal LISSOUBA menace : « Si je suis impliqué officiellement, je ferai des révélations fracassantes qui ne manqueront pas d'avoir des graves répercussions intérieures françaises. » Les dictateurs africains ont aidé, continuent à aider des candidats français et leurs formations politiques. Philippe MADELIN s'inquiète pour l'avenir politique des Chiraquiens : « Épanouis grâce à la criminalité financière et aux trucages électoraux, l'application de la loi risque de leur être fatale. » Le gaulliste Jacques CHIRAC, champion de la démagogie criminelle et du double langage déclare : « A propos de l'Afrique, il faut commencer par réfléchir tout en sollicitant notre mémoire. Nous avons commencé par saigner ce continent pendant quatre siècles et demi avec la traite des noirs. Ensuite, nous avons découvert ses matières premières et nous les avons saisies. Après avoir dépossédé les Africains de leurs richesses, nous leur avons envoyé nos élites, qui ont évacué la totalité de leurs cultures. Aujourd'hui, nous les délestons de leurs cerveaux grâce aux bourses d'études, qui constituent en définitive une autre forme d'exploitation car les étudiants les plus brillants ne rentrent pas chez eux. Au bout du compte, nous constatons que l'Afrique n'est pas dans un état brillant et, comme nous nous sommes enrichis à ses dépens. »

Et il continue que l'Afrique n'est pas mûre pour la démocratie, en sous-entendant qu'elle est seulement mûre pour la dictature : « Moi Jacques Chirac, je vais vous dire les choses telles qu'elles sont et tout à fait franchement. Je me suis réjouit de l'intervention de l'Angola au Congo. Pour une raison simple, c'est que ce pays était entrain de s'effondrer dans la guerre civile, de s'auto-détruire. Et qu'il est souhaitable que l'ordre revienne. Il y avait quelqu'un qui était capable de le faire revenir, c'était le dictateur que je soutiens. La paix est revenue et notre marionnette s'est engagée à mettre en œuvre le processus de démocratisation dans un délai maximum de deux ans et, par conséquent voilà… »

Le dictateur installé par CHIRAC continue ses ravages au Congo. Etienne LEANDRI confirme : « Quant aux pays pétroliers d'Afrique, le pouvoir s'y obtient par les armes dans des luttes tribales horribles, et la corruption est un mode de vie de tous les dirigeants. Je grossis le trait, mais cela y ressemble : on ne peut pas s'installer, à 10.000 km de chez soi, sans jouer le jeu. »

Le 29 juin 2000, Jacques CHIRAC reçoit le directeur du PNUD et déclare : « La moitié de l'humanité vit dans la pauvreté avec moins de 2 dollars par jour, et ce chiffre augmente chaque année. Ce n'est pas acceptable, c'est un vrai problème posé à la conscience humaine. » Pendant ce temps, CHIRAC encourage les dictateurs à tricher aux élections, à faire des coups d'Etat, à spolier les Africains, afin que le "système Elf" qu'il parraine, continue d'appauvrir les peuples africains.

16 - LES PEUPLES AFRICAINS

« Il s'agissait pour la France de rendre hommage à des peuples auxquels, au fil des âges, l'histoire a trop souvent fait violence. Peuples brutalisés, exterminés par des conquérants avides et brutaux. Peuples humiliés et méprisés, auxquels on allait jusqu'à dénier qu'ils eussent une histoire. Peuples aujourd'hui encore souvent marginalisés, fragilisés, menacés par l'avancée inexorable de la modernité. Peuples qui veulent voir leur dignité restaurée », dira Jacques CHIRAC dans son double langage démagogique et hypocrite.

Le peuple africain, victime des dictateurs et des réseaux mafieux, continue de subir, l'oppression, l'humiliation et le mépris. Pendant plusieurs siècles, sur le continent africain, des millions d'hommes, parce que noirs, furent placés dans une situation de non-droit, dans l'impossibilité de se défendre et dépouillés de leur humanité. La répression organisée par les dictateurs africains, nouveaux "gouverneurs de colonie", procède selon le même scénario que leurs maîtres, les colons blancs : pillage, viol, assassinat et destruction même des planches à manioc, sans valeur marchande. C'est le signe que l'on veut attenter à la vie même de toute une population par la faim et la maladie.

C'est ainsi que dans le Niari au Congo, Jean-Claude MOUANDA affirme : « La destruction programmée des personnes et des biens s'accompagne de viols de mineurs et de personnes âgées réduisant ainsi à néant toute dignité humaine. Les sépulcres de dignitaires traditionnels sont profanés par les forces du dictateur, effaçant de la sorte tous les liens entre les mânes des ancêtres et les vivants. Cette œuvre diabolique de destruction va jusqu'à décimer les arbres fruitiers et les plantations pour empêcher toute réinstallation des populations dans les zones agricoles. Les hôpitaux, les dispensaires, les écoles et les œuvres sociales ne sont pas épargnés. » Fuyant l'agression, des centaines de milliers de personnes se cachent, affamées et malades, dans la forêt où beaucoup d'enfants et de vieillards meurent de diarrhées, de paludisme, de morsures de serpents et d'intempéries. Le père Lucien FAVRE, missionnaire spiritain suisse, a livré fin janvier 1999 à plusieurs journaux un tableau explicite de la situation : « l'armée angolaise et les Cobras sont entrés dans Dolisie le 27 décembre, ils ont tué tous les jeunes hommes qui étaient restés, sans distinction. » « Entre Nkayi et Madingou, les villages sont systématiquement détruits et la population exterminée. »

Dans le Pool Antoine POKAT d'ajouter : « Les populations des pays de Mpangala dans le district de Vindza au Congo ont marqué leur indignation face aux actes inhumains, barbares et d'une sauvagerie inouïe, éhontés, perpétrés sur ordre du dictateur en 1998 par les hordes des troupes étrangères stationnées dans leurs zones contre les paisibles populations. Ces troupes commettent des exactions multiples telles : viols de nos femmes et filles de 10 ans jusqu'aux personnes de troisième âge, vols des biens meubles restants et de nos bestiaux, de nos traditions, tueries sommaires sur les paisibles citoyens que nous sommes, contraints de camper dans les forêts. »

MATONDO KUBU TURE découvre : « Je suis allé dans le Pool. La terre de mes parents, ma terre première, celle qui me fait frémir d'une émotion indescriptible quand je la foule. J'ai cette terre dans le corps et dans l'âme, à chacun, sa sensibilité. Comme disait BRASSENS : "Les pays, c'est pas ça qui manque !" Le désastre humain et matériel que j'ai vu de mes yeux est d'une horreur déconcertante. Ici, on a fait la guerre à tout : aux populations, à leurs biens, à leurs corps, à leurs âmes, à la nature, à l'espace, au vide, etc. Comment survivre d'une catastrophe pareille ? »

Enfin, le Nord du Congo n'a pas été épargné par le dictateur criminel comme le rapporte Yitzhak KOULA : « Jacques CHIRAC, lui envoie, sans en référer à l'Elysée, un avion Transall " garni " : à bord, selon Jean-Christophe MITTERRAND, des " officiers de la DGSE. ANGA, seul avec l'une de ses filles, est arrêté puis immédiatement assassiné dans la forêt d'Ikongono. Pour la première fois, le tyran s'en prend à son propre fief. Des milliers de paysans sont aussi massacrés et violés, des villages et des plantations sont pillés et incendiés… » Après Ikongono, le dictateur sanguinaire organise les tueries d'Owando avec les Angolais mis à disposition par son maître et complice Jacques CHIRAC. Des femmes, des enfants, des vieillards sont fusillés à la place publique.

A Brazzaville, le dictateur inhumain use de promesses trompeuses pour inciter au retour ceux qui avaient franchi le fleuve vers Kinshasa. Selon le témoignage de l'un des rares rescapés, recoupé de différentes sources, plus de cent jeunes hommes revenus au pays ont été arrêtés puis assassinés le vendredi 15 mai vers 3 heures du matin à proximité de la présidence. Les réfugiés rentraient en barges de Kinshasa où ils se regroupaient avec l'assistance d'organisations internationales. Tous les deux jours, quelques 1.500 personnes transitaient ainsi par le "Beach", le port fluvial de Brazzaville. « Le ministre de la Santé accueillait les familles de déplacés. Mais, juste après son départ, les unités de la Garde républicaine triaient, interrogeaient, arrêtaient et faisaient disparaître systématiquement ceux qui étaient en âge de porter les armes, les accusant d'être des 'Ninjas' », raconte le père de l'un des jeunes disparus. « C'était l'époque où des voyous, incorporés dans la force publique, se comportaient comme des sauvages, découpant les corps de leurs victimes à la machette et accrochant les membres et les têtes sur les calandres des voitures des "Cobras", avant de jeter les restes des corps dans le fleuve. Toute la ville a vu ça. Le fleuve est devenu un grand cimetière entre mai et août », dit-il en contenant sa colère. L'homme a suivi la trace de son fils après son arrestation. Il a recueilli des témoignages sur son lieu de détention. Il énumère et décrit les endroits où les corps des suppliciés étaient abandonnés, enterrés ou brûlés : « Principalement le long du fleuve, derrière le palais présidentiel, sur ce qu'on appelle le 'chemin de la flottille'. " " Des corps ont été brûlés le 19, le 21 et le 24 mai, avec de vieux pneus. Des soldats congolais, rwandais et tchadiens ont jeté dans le feu des personnes encore vivantes. Des soldats traumatisés ont raconté dans les églises ce qu'ils avaient fait. Les gens du secteur étaient horrifiés. » Dans la partie nord de Brazzaville, sur la route nationale n° 2, avant le cimetière Itatolo, des grappes de cadavres ont été abandonnés. Pendant deux mois, le cimetière est resté fermé. C'était un endroit où on tuait les gens et où on abandonnait leurs corps. Pareil autour du commissariat de Mfilou, dans les quartiers sud, dirigé à l'époque par un officier surnommé "le bourreau". Et à Moukondo, dans le secteur de la Cité des 17, qui est devenu un centre de torture et de détention où opèrent aussi des mercenaires européens.

L'année 1999 est marquée par le sort épouvantable de 500.000 civils fugitifs congolais, mourant de faim et de maladie dans les forêts. La commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française a dévoilé la responsabilité accablante de la société Elf dans la tragédie congolaise. Elle a demandé en vain l'accès aux télégrammes concernant des livraisons d'armes incessantes effectuées par les Transall de l'armée française et l'intervention de légionnaires français. « Les Congolais ressemblent aux réfugiés somaliens de 1993, des dizaines de milliers d'enfants sont morts de faim et de maladies »¸ affirme le journaliste Henrik LINDELL.

A Genève, le 21 février 2000, le coordinateur humanitaire de l'ONU, Bill PLATON, parlera de « plusieurs dizaines de milliers de viols » commis en 1999 au Congo. D'après l'ONU, il y a plus de 610.000 personnes déplacées, qui errent depuis 6 à 9 mois dans la région du Pool. Il y a par ailleurs 440.000 déplacés dans le reste du pays, notamment dans les forêts entre Dolisie et Pointe-Noire. Au total il y a au moins 30.000 morts au bout d'un an de guerre au Congo. Selon le rapport annuel de Médecins Sans Frontières, la plupart des femmes de moins de quarante ans sortant des forêts du Pool ont été violées sur le chemin du retour vers Brazzaville. Un membre d'Action Contre la Faim (ACF) ayant séjourné dans le Pool relate que « les Cobras se vantaient d'avoir saccagé les femmes du Pool. » Dans le même rapport d'ACF, Pascal LEFORT affirme : « le viol est utilisé comme arme de guerre. » La plupart des viols ont été collectifs ou à répétition : cela accroît les risques de contamination et surcontamination par le rétrovirus du sida. Or, pendant plusieurs mois, le dictateur du Congo a refusé à Médecins Sans Frontières la distribution précoce d'antirétroviraux aux femmes violées. Le dictateur, nouveau "gouverneur de colonie", ami de CHIRAC, a massacré et décimé les populations du Congo du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest.

Rosa Amelia PLUMELLE-URIBE écrit à propos : « Les victimes d'un crime ont besoin et ont droit à une reconnaissance qui prenne en charge la souffrance et l'injustice qui leur ont été infligées. L'absence de reconnaissance a des conséquences d'autant plus meurtrières qu'elles passent inaperçues… sauf pour les victimes cantonnées dans un silence forcé, qui est l'équivalent de la négation. Cette situation enlève aux victimes, inévitablement, la confiance en soi indispensable pour établir une relation saine avec le monde environnant. Les Africains ont été longtemps rabaissés à la condition de sous-hommes, de bêtes de somme ou de marchandise. »

Les peuples africains ont conscience de leurs droits et de leur liberté. Il continue à combattre le colonialisme et son sous-produit la dictature. Les dictateurs africains doivent savoir que sans l'adhésion de la volonté populaire, deviennent sacrilèges et sources de malheurs, non seulement l'exercice du pouvoir, mais aussi la reconnaissance ou l'obéissance à un pouvoir reposant sur la seule force des armes ou tout autre moyen de contrainte.

Face aux gémissements du peuple plié sous le joug de l'injustice, de l'arbitraire, des exécutions sommaires, face à cette situation angoissante caractérisée par l'insécurité publique, créée par des enlèvements et des éliminations physiques, œuvres d'une poignée de sanguinaires, le capitaine Marien NGOUABI donnera à l'histoire du Congo un cours nouveau et serein, d'autant plus que, dans sa conception, l'idéal de paix à l'intérieur doit se traduire par la recherche constante des voies et moyens appropriés devant déboucher au règne, au sein de la société africaine, de l'entente et de la concorde dont le peuple tout entier a si grand besoin pour garantir l'aboutissement victorieux de la lutte pour la liberté et le développement. Après la sanglante répression de 1998 en l'an 2000, les dignes fils de l'Afrique se sont indignés.

Joël NSONI écrit : « Que les citoyens, le bas peuple, comprennent qu'il est temps de ne plus suivre les dictateurs qui n'ont aucune considération de la personne humaine, aucun sens du respect des biens publics ou des biens de la collectivité. Le peuple doit se dire qu'il n'est pas venu sur la terre africaine pour "accompagner" ses dirigeants fossoyeurs de l'économie et des finances de l'Etat ; ceux qui aspirent accéder au pouvoir en enjambant les cadavres. »

Charles GANAO de souhaiter : « Les élites politiques, inaptes à bâtir une Afrique libre, indépendante, digne et respecté de l'intérieur et de l'extérieur, une Afrique capable de vivre de ses propres moyens, de nourrir, d'éduquer, de soigner et de sécuriser ses citoyens, une Afrique qui rompt définitivement avec la dépendance, avec l'abandon de sa souveraineté, une Afrique enfin qui cesse de vivre à crédit en gageant des ressources naturelles les plus précieuses. A ce sabordage, à cette autodestruction, à cette mise à sac, à cette violation éhontée de l'Afrique par ses propres fils habilement et diaboliquement manipulés par l'étranger. A ce que les Africains s'entretuent allègrement et gratuitement ; c'est-à-dire sans raison valable. A ce que les Congolais applaudissent les assassinats et les pires tortures des Africains. La seule explication est que les autres maux dénoncés - commanditaires et complices - jamais châtiés, se sont retrouvés dans les nouvelles institutions et ont bloqué la machine du RENOUVEAU AFRICAIN : les voleurs ont continué à voler allègrement, renforçant dans l'esprit du peuple et particulièrement dans la jeunesse, la culture de pillage, la culture du moindre effort, la culture de rapine, la culture de la triche dans tous les domaines y compris stratégiques : Education, Santé, Sécurité. »

Dobian ASSINGAR exhorte : « Aujourd'hui l'Afrique a trop souffert. Il est temps d'aider les Africains à jouir des droits reconnus à tous les hommes. Il y a trop de morts sous les fauteuils de nos chefs d'Etat pour que ceux qui les soutiennent continuent à fermer les yeux. Un devoir de vérité et de justice s'impose pour qu'enfin naissent une nouvelle Afrique et une nouvelle Françafrique. Nous ne voulons plus d'une Afrique aux mille tragédies, ni d'une Afrique des despotes, qui vivent impunément de rapports néocoloniaux au détriment des intérêts de leurs peuples. Nous ne voulons plus d'une Françafrique qui nourrit les trafics d'armes qui permettent de nous tuer par milliers. Nous voulons une Françafrique basée sur la solidarité universelle, des peuples et non des réseaux mafieux. Nous, peuples africains, rêvons d'une Afrique débarrassée de tous ces maux qui nous collent à la peau, tels que les massacres, les assassinats politiques, la délinquance financière, la corruption, les maladies… Aussi la France doit cesser de se rendre complice de ces maux. Monsieur Jacques CHIRAC, si l'Afrique n'est pas suffisamment mûre pour la démocratie, ne pensez-vous pas qu'il est temps d'arrêter votre soutien aux chefs d'Etat du continent qui sont, assurément, suffisamment mûrs pour la dictature ? »

L'Afrique, après des décennies qui auraient dû être celles des promesses de bonheur, ressemble aujourd'hui, à un vaste champ de ruines : misère du plus grand nombre, inégalités sociales criantes, exode rural et émigration massive des jeunes, chômage croissant… Les pauvres sont appauvris. Les flux financiers qui allaient vers le Sud à la recherche de rentabilité se sont taris. Comble d'ironie, désormais le Sud donne plus au Nord qu'il ne reçoit de lui. Les peuples africains riches, de pétrole, d'or, de diamant, de gaz, de caoutchouc, de bois, de cacao, de café, etc., ont de la peine à subsister. Les Etats néocolonialistes avec la complicité des Africains indignes, pillent impunément les richesses africaines, tel est le cas du pays où est né André Grenard MATSOUA, l'ex Moyen-Congo.

17 - L'EX MOYEN-CONGO

Bon nombre de problèmes importants du Congo contemporain sont incompréhensibles ou déroutants pour qui ne prend pas la peine de les aborder avec un minimum de connaissance de l'histoire du pays et des mœurs populaires. S'il fallait un exemple pour témoigner de l'importance que le passé pré-colonial et colonial contribue d'avoir pour l'évolution de chaque pays africain en particulier et de l'ensemble du continent d'une manière générale, le Congo pourrait être choisi parmi les meilleurs.

Les populations du Moyen-Congo ont toujours lutté pour la liberté, l'indépendance et le développement de leur pays, en opposant une résistance farouche à l'envahisseur blanc.

  • En 1887, l'occupation de l'axe Nkuma - Loango, les populations sundi-bakongo sous la conduite d'un guide valeureux, MABIALA MA NGANGA, se battirent vaillamment de long mois durant contre les troupes des capitaines MARCHAND et BARATIER dans la région de Mindouli.
  • En 1902, les populations mbochi affrontaient les forces coloniales et durent céder le terrain à un ennemi mieux équipé, après une véritable bataille dans la plaine de la Gagna.
  • De 1902 à 1904, les populations bakwélé combattirent farouchement les colonnes des lieutenants CLEMENT et CHÂTEAU
  • En 1907, ce furent les populations bembé qui résistèrent à l'envahisseur dans la Haute-Louessé.
  • En 1910, Sembé se révoltait contre les méthodes des compagnies concessionnaires : gérants et traitants furent attaqués, certains abattus ; et les populations résistèrent courageusement aux troupes de répression commandées par le chef de bataillon BLAISE.
  • En 1911, de violents combats marquèrent les vastes opérations de ratissage déclenchées par les colons contre les populations du Haut-Niari et de la vallée de la Bouenza.
  • En 1913, les populations de la Likouala-Mossaka se révoltèrent elles aussi contre les gérants et traitants des compagnies concessionnaires. La révolte fut matée par des troupes dépêchées de Brazzaville.
  • Ces valeurs de résistance et de détermination seront phagocytées par le dictateur congolais, allié du néocolonialisme et des réseaux mafieux. Ainsi le développement du Congo est hypothéqué.

    « On ne développe pas un pays en doublant l'effectif des fonctionnaires et des services administratifs ou en distribuant des sinécures à des amis, mais en mobilisant les bras et les énergies au service d'un idéal fondé sur le bien commun », déclare R. GENDARME.
    Au Congo, "l'amitié du ventre et du portefeuille" nuit fortement le développement et la démocratisation. La politique se réduit à la redistribution des richesses nationales entre les membres du groupe au pouvoir. Les intérêts étrangers sont préservés au détriment des intérêts du peuple. D'énormes fortunes sont faites sur le dos du peuple. L'homme politique est frappé d'incurie économique, de corruption et de gabegie. La France continue à bloquer le développement du Congo. Les intérêts qui ont fondé la communauté franco-africaine en 1960, contrariaient le processus d'indépendance politique et économique et réservaient l'accès au pouvoir et aux ressources à un cercle de plus en plus étroit d'"amis", adeptes de la "politique du ventre".

    En janvier 2001 par exemple, le préfet Jean-Charles MARCHIANI, député européen du RPF, fait aux enquêteurs de l'"Angolagate" un aveu extraordinaire : « Nous, c'est-à-dire moi pour le compte de Charles PASQUA, avons négocié publiquement avec le Président Dos SANTOS l'aide politique et économique de l'Angola à l'action de la France dans cette partie de la région, qui s'est concrétisée par l'envoi de troupes dans les deux Congo. » Un deal global donc, a permis à la France de s'engager par procuration dans les deux guerres civiles qui ont ravagé le Congo. L'intervention de l'armée angolaise pendant la guerre civile du Congo-Brazzaville en 1997 était menée à la demande expresse de la France. Jacques ISNARD résume la situation : « Selon les services de renseignement français, les "Cobras" ont pu disposer d'armements lourds et individuels en provenance de plusieurs Etats africains proches de la France, comme le Gabon. Les mêmes sources françaises laissent entendre que ces milices ont pu, grâce à des circuits de financement occultes fréquents dans les milieux pétroliers, acheter des matériels en Europe. » Il est donc aujourd'hui parfaitement établi que l'Elysée, son état-major et ses Services, ont imposé aux Congolais celui qui allait devenir leur bourreau qui, comme ses maîtres blancs, utilise à merveille l'arme du tribalisme.

    Nous reprenons ici le message légué par Marien NGOUABI qui écrit : « Par la Révolution, le peuple congolais disait non au népotisme et au tribalisme, et se prononçait de façon irréversible pour la démocratie et l'unité nationale. Dans un élan d'enthousiasme, notre pays visait sa devise : Unité - Travail - Progrès. Mais hélas ! Cet élan, devait être brisé quelques années plus tard par le tribalisme, cette honte de notre siècle, le tribalisme qui pousse les enfants d'un même pays à se dresser les uns contre les autres, le tribalisme qui conduit inéluctablement au culte de la médiocrité, le tribalisme qui amène à considérer même la critique la plus objective pour une manifestation de la "course au pouvoir", le tribalisme qui tue toute objectivité. L'élan de notre peuple vers l'unité et le progrès social a été freiné par le tribalisme et son corollaire, le népotisme. Les capitalistes étrangers et les féodaux nationaux ont épuisé les forces de notre peuple et ruiné notre économie. En plus, ils vivent dans des conditions assez précaires. Il leur manque parfois tout : des soins médicaux, des aliments de première nécessité, voire de l'eau potable. En un mot, il y a un scandaleux décalage social entre eux et nous car, ils subsistent à peine, ils survivent et font face aux intempéries et aux épidémies. »

    VERSCHAVE de compléter par l'équation Pétrole et Dette : « Le dictateur du Congo offre l'avantage de ne réclamer que 17% de l'argent du pétrole déclaré et ferme complaisamment les yeux sur les cargaisons non-déclarées, dont les volumes sont impressionnants. La France considère que le pétrole du Congo est sa propriété. Aussi, lorsqu'un ministre des Finances congolais s'interrogeait sur les volumes de pétrole produits, André TARALLO prenait négligemment une feuille sur laquelle il notait trois chiffres et faisait comprendre à son interlocuteur, d'un air condescendant, qu'il devait se contenter de cela. Au Congo-Brazzaville, des prêts sont gagés sur la production future du pétrole et l'argent est placé dans les paradis fiscaux. Les personnes qui volent l'argent du pétrole du Congo et qui développent sa dette pour acheter des armes, détruisant ainsi le pays, relèvent tout à fait, à mon sens, de la définition de "groupe criminel organisé." Si l'on parvenait à annuler toutes les dettes contractées au nom de leurs pays par des dictateurs africains, ce serait déjà un soulagement certain ! » et Y. KOULA d'ajouter : « En fin de compte, en 13 années de présidence, le dictateur multiplie la dette extérieure du Congo par 9.500, passant de 315 millions de FCFA en 1980 à 3.000 milliards en 1992 (Source CCA/BEAC). Les recettes pétrolières futures sont gagées jusqu'en l'an 2002, en dépit du boom pétrolier entre 1980 et 1985. Le Congo doit même emprunter pour rembourser. Ainsi, la dépendance économique et politique vis-à-vis d'Elf et des créanciers est accentuée. »

    C'est ainsi que les Travaux publics et le " complexe militaro-industriel ", tous deux grands corrupteurs et grands utilisateurs d'aide extérieure, ont été les deux plus gros fabricants de la dette du tiers monde, avec la complicité intéressée des dictateurs africains. Loïk Le FLOCH-PRIGENT admet que Elf a payé et livré des armes durant la guerre civile au Congo-Brazzaville : « Des milliers de Congolais sont morts et les survivants doivent payer les armes qui ont tué les leurs. » Une "dette honteuse". Entre 1979 et 1991, le dictateur congolais a réussi à engranger non seulement les recettes du pétrole, mais 6 milliards de dollars de dettes. Et se tailler une armée sur mesure, recrutée sur une base ethnique de son Nord natal. Le système de la dette constitue la forme actuelle de la mainmise néocolonialiste sur l'Afrique. Il faut refuser cet endettement car il est entaché d'une dette de sang, d'une dette écologique, d'une dette coloniale et de l'abus de confiance. Les banquiers occidentaux s'employèrent à prêter l'argent à des taux exorbitants aux dictateurs africains, créant ainsi la fameuse dette du tiers monde. Dans le même temps, les marchands de tout acabit fondirent comme des vautours sur ces mêmes pays pour récupérer cet argent et les appauvrir de plus bel. Ainsi, les pays du Sud s'endettent et les dictateurs du Sud s'enrichissent… Les banques les plus agressives, récoltent plus d'avoirs dans les pays pauvres qu'elles leur en prêtent. Leur véritable rôle consiste à récupérer les fonds que les dictateurs dérobent à leurs populations et à reprêter cet argent, de façon à gagner sur les deux tableaux.

    Gislin Simplice ONGOUYA de peindre le tableau social du Congo : « D'avis que plus rien ne va dans ce pays. C'est une contrée de bandits. Tout le monde semble avoir fondu un plomb, dépassé par la situation. On a l'impression que personne n'y peut quelque chose. Tout ne va pas bien, mais on vous demande de dire le contraire. Les choses et les hommes deviennent de plus en plus fous : un courant fou ; de l'eau du robinet à problème ; pas de carburant que de longues files d'attente aux différentes stations ; des hôpitaux redoutés pour leur capacité à vous accompagnez vers la mort ; des avions fous.
    Les maladies existentielles se développent de plus en plus tant le terreau leur est favorable. Ici la misère et la pauvreté tuent. Le nombre de suicides a doublé. La vie devient impossible. Il faut tenir. Mais comment ? Nous avons en tête l'image de cet enseignant qui doit rejoindre son lieu de travail à pied. Il est parti de Mafouta pour le centre-ville. Arrivé en classe, il s'apitoie et pleure un coup, à chaudes larmes. Triste ! Il a avoué n'avoir pas mangé depuis hier. Où va-t-il trouver des forces pour aboyer dans la salle ? On peut multiplier les exemples.
    Le clan dirigeant a anéanti le pouvoir d'achat, la misère s'est accrue, les maladies sont devenues plus agressives et l'Etat plus indifférent que jamais. Nombreux sont les Congolais qui une fois malades, souhaitent que la mort les libère. Faute de mieux. Vous nous voyez révoltés par cette misère qui laisse indifférents ceux qui prétendent gouverner ce pays, en fait une terre à l'abandon, livrée au pillage des multinationales du crime : on se sert au grand mépris des populations. L'argent dans les mains d'un clan est utilisé pour entretenir "le clientélisme", avoir les gens par la misère est devenu une tactique.
    D'avis que l'on y peut quelque chose, mais par cynisme ou inhumanité, on assiste "mourir" les gens.
    Trop, c'est trop ! Il faut que les Congolais fassent valoir leur droit à vivre décemment des richesses de leur pays, luttent pour le bien-être : défendre leur droit à la vie, à la dignité, droit à trois repas par jour, droit à une couverture médicale, droit au travail, droit à l'éducation. Les gouvernants se fichent d'eux parce que plus résigné que le Congolais d'aujourd'hui, tu meurs !
    Un pays où les gens sont incapables de protester, de faire la grogne, de débrayer, parce qu'ils ont faim, parce qu'ils n'ont pas d'électricité, d'eau, n'est pas un pays normal. Il est malade. Comment comprendre qu'il n'y a que la grande majorité de Congolais qui ploie dans la misère ? Là, où le clan au pouvoir et quelques étrangers - véritables piranhas - étalent une richesse insolente, moralement et humainement inacceptable. »

    Emmanuel NGOUELONDELE-MONGO fait l'état des lieux du Congo : « L'avenir c'est demain, or demain se prépare aujourd'hui et non demain. Mais comment donc préparer demain si le fonctionnement de la démocratie n'est pas tel qu'il permette de mieux répondre aux besoins et aux préoccupations des citoyens ordinaires, si les populations ne sont pas à même de demander des comptes aux décideurs, si l'action publique d'aujourd'hui ne tient pas compte des générations futures. L'idéal démocratique est malheureusement un rêve inaccessible pour le peuple congolais à qui on applique le principe de "le chien aboie, la caravane passe".

    Quelle valeur allons-nous accorder par exemple, aux échéances de deux mil sept (2007) si l'on organise les élections de sorte à empêcher le peuple de sanctionner ceux qui se sont montrés irresponsables tout au long du mandat qui va bientôt prendre fin.

    La corruption rampante qui ravage notre pays, la déconfiture de notre Etat, la débâcle de l'autorité d'Etat avec son corollaire l'impunité sont ici des signes irréfutables de la mort de notre Etat qui n'a d'existence aujourd'hui que le nom.

    En réalité que sommes-nous devenus aujourd'hui ? Une communauté nationale dont le tissu social est fortement érodé au sein de laquelle l'unité est mise à mal, plusieurs citoyens se haïssent et attendent des opportunités pour se régler les comptes.

    • Un pays où l'opulence d'une minorité côtoie la misère du plus grand nombre. Des individus enrichis narguent le peuple qui vit misérablement.
    • Un pays où la dégradation de la situation sociale prend chaque jour des proportions inquiétantes, où l'accès aux soins élémentaires de santé a disparu. Le taux de mortalité a atteint des niveaux record. Les populations dans leur grande majorité tirent le diable par la queue pour se nourrir et envoyer les enfants à l'école. Bref, la misère occupe tous les paliers de la vie courante.
    • Jadis respecté, aujourd'hui humilié par les guerres civiles récurrentes et inutiles, notre pays, perd chaque jour ses repères et ressemble à une boussole détraquée qui n'indique ni le nord, ni le sud.

    Notre force publique ne rassure plus nos populations. L'uniforme de nos agents de l'ordre au lieu de sécuriser les citoyens fait souvent peur. Le soldat, le policier, le gendarme d'une force publique peuvent tout semer dans un pays, sauf le désordre.

    L'or noir qui constitue notre principale ressource d'exportation rapporte aujourd'hui des revenus très élevés et même inespérés. Mais l'opacité qui entoure la gestion de ses revenus maintes fois dénoncée par les organisations internationales ne peut laisser indifférent notre Parlement et les citoyens mus par le souci du bien-être collectif.

    Pour garantir la régularité, l'honnêteté et la transparence des élections, une commission électorale indépendante doit être créée pour gérer toutes les opérations préélectorales, du recensement spécial à l'organisation des scrutins jusqu'à la publication des résultats.

    On ne prépare pas l'avenir dans le désenchantement, le repli sur soi ou le consentement aveugle. Vous qui êtes assoiffés de justice, vous que l'injustice révolte, vous que l'impunité blesse, vous qui connaissez le prix de l'effort, de la droiture, de la rigueur et de la sincère solidarité, vous qui savez enfin que la responsabilité est le véritable fondement de la dignité de l'homme. A vous tous, je dis : n'attendez plus. »

    Et Yitzhak KOULA de compléter : « Pendant que le clan et les amis du président se prélassent sur les deniers du pétrole, l'écrasante majorité des Congolais ne constatent aucune amélioration dans leur vie quotidienne : pénurie de carburant, délestage d'eau et d'électricité durant plusieurs jours, pauvreté et mortalité records, chômage généralisé, hôpitaux sans médicaments et hors prix, transports exsangues, retraités sans retraite, 19 mois d'arriérés de salaire impayés en décembre 2005, absence de services postaux publics (télégramme, mandat, courrier…), établissements scolaires sans aucune dotation de l'Etat, examens annulés faute de papier, classes de 30 places comptant jusqu'à 500 écoliers assis par terre et sans table-banc, etc. Le pays est classé parmi les plus pauvres du monde, en termes de richesses par habitant. Pourtant le prix du baril du pétrole est en hausse exceptionnelle : 48,479 dollars officiellement - jusqu'à 75,35 $ au 21 avril 2006 -, au lieu de 20 $ (Source : FMI Rapport n°05/7 de janvier 2005). Le gouvernement lui-même admet le doublement des recettes de l'Etat à 1.291,4 milliards de FCFA (2,5 milliards de $) en 2005, avec 1 $ à 520,2 FCFA (Cf. Loi de finances 2005 rectifiée). Elles étaient de 1 milliard de $ en 2004 (FMI). Cette injustice suscite l'indignation de la société civile. »

    Le Congo, potentiellement riche, ne cesse de s'appauvrir malgré ses fabuleuses ressources naturelles : pétrole, potasse, bois, cuivre, cobalt, or, diamant, manganèse…, de sols fertiles. Les infrastructures ne cessent de se dégrader. Aucun établissement socio-sanitaire ne fonctionne normalement. Des régions entières sont enclavées. L'agriculture a été complètement abandonnée. Les villes sont peuplées pour l'essentiel de chômeurs. La famine, la malnutrition et la mortalité atteignent toutes les couches de la population.

    Le Congo, pays à faible démographie (environ 4 millions d'habitants), immensément riche (4e producteur en Afrique au Sud du Sahara du pétrole qui représente 68% du PNB, 95% des exportations et 78% des revenus de l'Etat), est un pays sinistré, délabré, endetté avec une population démunie (75% de la population active est sans emploi), pauvre (70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté), en proie à la faim (plus de 30% des Congolais souffrent de la faim) et à la maladie (6,43% de taux de sero-prévalence VIH. Seuls 30% de la population ont accès à des soins de santé). Notre pays s'illustre dans la mauvaise gestion des richesses nationales et s'enlise dans un environnement où règnent la corruption, l'instabilité, l'impunité et les conflits civils.

    L'indice du développement humain de l'ONU classe notre pays au 142e rang de 177 pays préoccupants. La dette de 8,35 milliards de dollars fin 2003, la plus forte du monde par habitant, est le fait de la spoliation de notre peuple de ses richesses. Les dirigeants politiques n'ont pas réussi à traduire le riche potentiel économique du pays en une amélioration sensible des conditions de vie de la majorité des Congolais. Les droits fondamentaux de la population et notamment les droits économiques, sociaux et politiques (élections non-truquées) ne sont pas respectés.

    Les contraintes à lever sont multiples. Elles concernent en plus les rapports socio-économiques et politiques (construction d'une démocratie véritable et de la paix, redistribution des richesses, meilleur accès à la santé et à l'éducation), il s'agira principalement de la bonne gouvernance, du développement du pays, du dialogue permanent, du désarmement complet et la démobilisation des ex-combattants, de la mise en place d'institutions réellement démocratiques, de la garantie de l'indépendance de la justice, de la protection et la promotion des droits de l'homme.

    Le défi à relever est de taille, il s'agit du développement du secteur privé, du développement des systèmes d'information et de communication, de la promotion des réseaux de transport, de la stabilisation des finances publiques par leur assainissement, de la diversification de la base économique, du renforcement des capacités de gestion économique, la résolution des problèmes d'éducation, la résolution des problèmes de santé des populations, la promotion des droits de la femme et de l'enfant, la promotion de l'habitat et l'assainissement, la promotion de l'emploi et de la jeunesse, la promotion du sport et du tourisme à travers un cadre institutionnel incitatif et garant de la libre entreprise.

    La présente situation dramatique de notre pays, de notre peuple martyrisé, paupérisé, meurtri dans sa chair et dans son âme, interpelle les humanitaires, les humanistes, les patriotes et les nationalistes à reprendre les idées salutaires léguées par nos ancêtres mises en action dans l'AMICALE et le Mouvement MIKALE. Si les Sud-Africains se réfèrent à Nelson MANDELA, les Français à De GAULLE, les Américains à Abraham LINCOLN, les Amicalistes se réfèrent à MATSOUA André Grenard.

    Pourtant le préambule de l'Acte fondamental du Congo du 4 juin 1991 stipulait bel et bien : « La dignité, la liberté, la paix, la prospérité et l'amour de la patrie, ont été sous le monopartisme en particulier, hypothéqués ou retardés par le totalitarisme, la confusion des pouvoirs, le népotisme, le tribalisme, le régionalisme, les inégalités sociales, les violations des libertés fondamentales. Les coups d'Etat, en s'inscrivant dans l'histoire politique du Congo comme seul moyen d'accéder au pouvoir, ont annihilé toute vie démocratique. L'intolérance et la violence politique, les violations des libertés individuelles et collectives, les exécutions sommaires d'opposants politiques réels ou présumés, les assassinats crapuleux de paisibles citoyens à des fins politiques ont fortement endeuillé le pays, entretenu et accru la haine et les divisions entre les différentes communautés ethniques qui constituent la nation congolaise. »

    C'est pourquoi les "morceaux choisis", douloureux, pénibles et révoltants, et les nombreuses exhortations au sursaut national repris dans cette brochure, doivent amener les Africains à une prise de conscience de la situation dramatique de notre continent. La lutte de libération contre les dictatures et les réseaux mafieux, s'impose. L'indépendance réelle et le développement socio-économique de l'Afrique, sont à ce prix.

    Comme le dit si bien MONGO Beti : « L'Afrique survivra, comme elle a survécu à tant de tragédies. Osons dire plus : toutes les chances du continent noir demeurent intactes, comme on s'en apercevra bientôt quand les dictateurs psychopathes, si longtemps choyés par l'étranger, auront disparu, ce qui ne saurait plus tarder. Non seulement l'Afrique peut se développer, mais elle veut se développer, elle va se développer. »

    18 - CONCLUSION

    La traite négrière, l'esclavage, le marquage au fer rouge, l'animalisation, les razzias, les cales des galères, le colonialisme, l'exploitation, l'oppression, la répression, l'indigénat, le mépris, les vexations, les humiliations, les travaux forcés, les déportations, le néocolonialisme, le pillage, l'aliénation, les violations des droits de l'homme, les viols, la dictature, le tribalisme, le régionalisme, les guerres civiles, les tueries, les coups d'Etat, les génocides, les crimes contre l'humanité, les fraudes électorales, les réseaux mafieux, la spoliation, l'exploitation, les paradis fiscaux, les sociétés écrans, les secrets bancaires, les systèmes Elf, les commissions, les rétro-commissions, les préfinancements, les aides au développement, les rétrocessions, les prélèvements, les bonus, les abonnements, les fortunes colossales, les circuits financiers off-shore, le terrorisme, la criminalité, les assassinats, les détournements, la corruption, l'impunité, la misère, la pauvreté, la maladie, la faim, etc., toutes ces cruautés et souffrances endurées et combattues par : Antonio 1er, Francisco Kassola, Kimpa Vita, Mabiala Ma Nganga, Ben Bella, Karinou, Malanda, Mbiémo, Milongo, Mbemba, Sylvanus Olympio, Ernest Ouandié, Ossendé Afana, Dulcie September, Outel Bono, Ruben Um Nyobé, Félix Moumié, Rainan Driamampandry, Ben Barka, Farhat Hached, Radaoroson, Stève Biko, Barthélemy Boganda, Rosa Parks, Mayinguidi, Nkela, François Nkounkou, Mohamed Aref, Mongo Béti, Alpha Condé, Djillali Hadjadj, Yolande Mukagasana, Pius Njawé, Ngarlejy Yorongar, Norbert Zongo, Woungly-Massaga, François-Xavier Verschave, Yaguine Koïta, Fodé Tounkara, Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Nelson Mandela, Kofi Annan, Marien Ngouabi, Simon Kimbangou et André Grenard Matsoua, seront vaincues et nos martyrs honorés si tous les Africains se déterminent et se mobilisent pour libérer et développer leur continent.

    A la mémoire de nos illustres héros, Ferréol Patrick GASSAKYS rend hommage : « Il est vital de rendre hommage à tous ceux, nombreux et issus du peuple noir, qui ont contribué à rendre ce monde meilleur. Ils se sont sacrifiés pour nous, ils ont défié les puissances assujettissantes, ils ont créé, inventé et, paradoxalement, ont souvent été ignorés ou relégués au second plan. Nous ne dresserons point la litanie des misères du peuple noir en ressassant la traite négrière et la colonisation. Nous nous limiterons à ne citer que quelques-uns de ces innombrables bienfaiteurs de l'humanité et à convenir qu'en réalité le sous-développement de l'Afrique ne doit pas être considéré comme une fatalité. Un passé commun et glorieux toujours présent devrait constituer notre source d'inspiration motivante. Malcom X, Martin Luther King, Steve Biko, Rosa Parks, André Grenard Matsoua, Marien Ngouabi, Marcus Garvey, Toussaint Louverture, Emery Patrice Lumumba, etc. ont en commun de n'avoir pas transigé pour défendre les intérêts et acquis de leurs semblables. »

    Omar BONGO de conclure : « Il est facile de montrer du doigt l'Afrique comme le mauvais élève de la course économique mondiale, le cancre du développement. Mais il faut tout de même rappeler quelques évidences, sans agressivité, pour ceux qui ont la mémoire courte. Car notre continent a été pillé depuis des siècles par l'Occident. Il ne s'agit pas simplement des matières premières, mais des hommes. Il y a d'abord eu la saignée épouvantable de l'esclavage, qui a vidé l'Afrique de ses hommes et de ses femmes les plus vigoureux, entraînant un traumatisme général et un déséquilibre démographique dont les conséquences se sont poursuivies à travers les siècles. Il y a eu ensuite la colonisation. On a privé nos peuples, pendant des siècles, du choix de leur destin. On nous a infantilisés. On nous a empêchés de commercer librement, de vendre nos matières premières à leur juste prix. Et aujourd'hui, nous avons l'indépendance mais le pillage continue sous d'autres formes : les matières premières, toujours aussi la fuite des cerveaux. Les Africains compétents et formés sont tentés d'exercer leurs talents en Occident, où ils trouvent des salaires supérieurs et des conditions de vie meilleures. Vingt trois mille professionnels hautement qualifiés quittent chaque année le continent africain pour aller travailler en Europe ou en Amérique. »

    Les Matsouanistes ont le devoir sacré de continuer le combat de l'affranchissement des peuples de la domination et de l'exploitation des dictateurs et des réseaux mafieux, afin que la mémoire de nos héros et illustres prédécesseurs soit glorifiée. Tant que l'Afrique aura des richesses que convoite l'homme blanc, tant que quelques Africains indignes se feront complices de l'homme blanc, tant que les paradis fiscaux et les activités financières off-shore existeront, tant que l'Afrique sera en position de faiblesse socialement, économiquement et spirituellement et tant que l'impunité sera garantie aux dictateurs et aux réseaux mafieux, le Matsouanisme restera la seule Arme efficace pour mener à bien la lutte de la libération des peuples africains, des droits et la dignité de l'homme et de la sauvegarde des richesses africaines. Il est sans conteste que le salut de l'Afrique est dans l'application rigoureuse du Matsouanisme, qui est et demeure la doctrine d'André Grenard MATSOUA.

    Fait à Brazzaville, le 12 juin 2006

    Le Président de l'Amicale
    Pierre MANTOT


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    19 - BIBLIOGRAPHIE

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    2. A. Massamba-Débat - Kongo : de la Révolution messianique à la Révolution politique - 8 novembre 1966 ;
    3. Marien Ngouabi - Vers la construction d'une société socialiste en Afrique - Edition Présence Africaine, Paris, 1975 ;
    4. Bernard Bakana Kolélas - La philosophie matsouaniste et le pouvoir politique - Edition Pensée universelle, Paris, 1990 ;
    5. Woungly-Massaga - La révolution au Congo - Edition François Maspero, Paris, 1974 ;
    6. Mongo Beti - La France contre l'Afrique - Edition La Découverte, Paris XIIIe, 1993 ;
    7. François-Xavier Verschave - Noir Silence. Qui arrêtera la Françafrique ? - Edition Les Arènes, Paris, 2000 ;
    8. Martial Sinda - Le messianisme congolais et ses incidences politiques - Edition Payot, Paris, 1972 ;
    9. J. Duriez - Etude du balalisme - Afrique Equatoriale Française, Gouvernement Général de l'AEF ;
    10. Côme Kinata - Les ethnochefferies dans le Bas-Congo français : collaboration et résistance. 1896-1960 - Edition l'Harmattan, Paris, 2001 ;
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    13. Roger Delpey - La manipulation - Edition Jacques Grancher, Paris, 1981 ;
    14. Rosa Amelia Plumelle-Uribe - La férocité blanche. Des non-blancs aux non-Aryens, génocides occultés de 1492 à nos jours - Edition Albin Michel, Paris, 2001 ;
    15. Omar Bongo - Blanc comme Nègre - Edition Grasset & Fasquelle, Paris, 2001 ;
    16. Pierre Péan - L'argent noir, corruption et sous-développement - Edition Arthème Fayard, Paris, 1988 ;
    17. Patrice Yengo - Résistances et dissidences. L'Afrique (centrale) des droits de l'homme - Edition Karthala, Paris, 2003 ;
    18. Jacques Foccart - Entretiens avec Philippe Gaillard - Edition Fayard / Jeune Afrique, Paris, 1995 ;
    19. Eva Joly - Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? - Edition Les Arènes, Paris, 2003 ;
    20. Loïk Le Floch-Prigent, entretien avec Eric Decouty - Affaire Elf, affaire d'Etat - Edition Le cherche midi, Paris, 2001 ;
    21. Marc Ferro - Le livre noir du colonialisme - Edition Robert Laffont, Paris, 2003 ;
    22. Jacques Morel - Calendrier des crimes de la France outre-mer - Edition L'esprit frappeur, Paris, 2001;
    23. Jean-François Bayart - La politique africaine de François Mitterrand - Edition Karthala, Paris, 1984 ;
    24. Stephen Smith - Négrologie. Pourquoi l'Afrique meurt - Edition Calmann-Lévy, Paris, 2003 ;
    25. Jean-Paul Gourévitch - La France en Afrique. Cinq siècles de présence : vérités et mensonges - Edition Le Pré aux Clercs, Paris, 2004 ;
    26. David J. Junior - Quand l'Afrique s'éveillera… - Edition Nouvelles du Sud, Paris, 1998 ;
    27. Boubacar Boris Diop - Négrophobie - Edition Les Arènes, Paris, 2005;
    28. Karl Laske - Ils se croyaient intouchables - Edition Albin Michel, Paris, 2000 ;
    29. Yitzhak Koula - La démocratie congolaise " brûlée " au pétrole - Edition l'Harmattan, Paris, 1999 ; / Pétrole et violences au Congo-Brazzaville - Edition l'Harmattan, Paris, 2006 ;
    30. Jean-Claude Mayima-Mbemba - Assassinats politiques au Congo-Brazzaville - Edition ICES, Paris, 2004 ;
    31. Albert Londres - Terre d'ébène - Edition Le Serpent à Plumes, Paris, 1998 ;
    32. André Gide - Voyage au Congo - Edition Gallimard, Paris, 2001 ;
    33. Côme Mankassa - Le Procès de Matsoua - RFI, Théâtre, Texte et Dramaturgie du monde, Année 1971.

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